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Nos meilleurs disques de 2015

Nos albums préférés en 2015

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On ne va pas se mentir, le monde de la musique prend cher depuis quelques mois. Raison de plus pour en écouter, de la musique, puisqu'elle adoucit les mœurs, paraît-il. Bref, si vous n'avez pas eu le temps de tout écouter en 2015, nous avons quelques suggestions à vous faire :





1/ Le meilleur groupe du monde : 'Paper Mâché Dream Balloon' de King Gizzard & The Wizard Lizard (Heavenly Records)

Cet incroyable groupe australien passe son temps à faire sa mue au fil d'albums différents, mais portés par le même souffle, la même envie de réinventer les sixties aujourd'hui. Après une merveille de garage alternatif ('12 Bar Bruise'), des essais psyché aux accents bluesy ('Oddments' et le chef-d'œuvre 'I'm In Your Mind Fuzz'), une tentative plus jazz et progressive ('Quarters!'), les voici de retour avec un autre visage. Cette fois, leur 'Paper Mâché Dream Balloon' (en écoute ici) reprend les codes du folk psychédélique des années 1960. Guitare acoustique hippie, flûtes aériennes, percussions, piano, ambiances pop, le groupe prouve ici qu'il peut donc tout faire, tout jouer, tout passer à la moulinette de ses mélodies imparables et de sa folie douce. Les King Gizzard sont bel et bien le groupe le plus excitant du moment, on leur envoie des cœurs avec les doigts. 



2/ La consécration : 'Currents' de Tame Impala (Interscope)

Parfois un peu mous du genou en concert, les Tame Impala sont taillés pour nous régaler sur disque, un casque sur les oreilles. Avec leur pop doucereuse et de plus en plus cotonneuse, ils enjolivent nos rêveries sans les brusquer, par la grâce d'une basse nonchalante et de synthés à la Angelo Badalamenti. Tame Impala, c'est un personnage qui danse au ralenti et qui se love dans un drapé qui l'aspire dans une autre dimension. En 2015, la sortie de ce 'Currents' les adoube donc comme l'un des groupes de pop les plus emblématiques du moment, en attendant un prochain virage ?



3/ Le retour de flamme : 'Sol Invictus' de Faith No More (Ipecac recordings)

Groupe culte de l'alternatif des années 1990, à la croisée des chemins entre metal, funk et rock progressif, Faith No More ne pouvait décemment pas revenir en 2015 avec un album tiède. Il faut dire que le leader et chanteur Mike Patton n'est pas du genre à faire un comeback histoire de cachetonner. Explorateur, défricheur, crooner, fondateur de label indépendant (Ipecac), Patton fait les choses bien quand on cause musique. Avec 'Sol Invictus', il trace le sillon du meilleur Faith No More, celui qui réussit toutes les prouesses, un cocktail d'influences les plus diverses où le groupe renoue avec sa formule déjà entendue sur 'Angel Dust', faite de couplets metal couillus et de refrains aux synthés plus mélodiques. Un retour aux fondamentaux des nineties, cohérent et tendu du début à la fin. Rien à jeter, tout est bon dans le Patton.



4/ L'envolée transcendantale : 'Humain, trop humain' de San Carol (Gonzaï)

Après un premier album paru sur le micro label Ego Twister Records, San Carol grandit et signe chez Gonzaï pour un second essai de haut vol. Ici, le projet personnel de Maxime Dobosz se transcende pour atteindre des sommets, sorte de cavalcade ésotérique expérimentale et accessible à la fois. Les titres des chansons eux-mêmes invitent l'auditeur à se fondre dans le grand tout cosmique : le formidable "Harmonie holistique" qui ouvre l'album, "Cosmicia" à écouter plus haut, le tourbillon de "L'œil s'ouvre" et ses onze minutes folles de krautrock et space rock, le profond "Invitation à la vie intense" ou encore la furie du "Graal ardent", sans oublier un bel "Elan vital". Au final, une musique qui parle autant aux sens qu'au bon sens, les pieds sur terre mais la tête très haut dans le ciel.



5/ En français dans le texte : 'Magnifique' de Ratatat (Because)

On ne peut pas dire que le groupe change de recette à chaque album, mais c'est toujours avec plaisir qu'on retrouve les mélodies instrumentales bizarroïdes de ce duo originaire de Brooklyn. Qu'elles servent à danser ou donner du relief à une atmosphère, les petites symphonies de 'Magnifique' bercent nos oreilles de sons entêtants, avec au fond une volonté de classicisme dont le groupe ne se départ jamais (n'a-t-il pas déjà nommé l'un de ses albums 'Classics', comme pour se donner un programme esthétique ?).



6/ Le génie nonchalant du folk alternatif : 'B'lieve I'm Goin' Down' de Kurt Vile (Matador Records)

Il faut désormais compter avec un deuxième Kurt dans l'histoire récente du rock. Le Cobain n'aurait probablement pas renié ce grand hippie alternatif et son folk-rock qui puise ses racines dans l'Amérique profonde. De Kurt Vile, nous aimons tout, totalement : sa façon de revisiter la country d'un "Sweet Home Alabama" avec une intelligence démoniaque, ses mélodies casse-gueule impossibles à reproduire, son phrasé unique, sur le fil du rasoir, qui donne l'impression qu'il découvre les paroles au fur et à mesure, son jeu de guitare si spécial, au bord de l'arythmie. On se délecte du banjo sur l'envoûtant "I'm an Outlaw", on adore les arpèges de "Kidding Around" ou "All in a Daze Work", on se laisse surprendre au fil des écoutes par "Life Like This". Un grand disque qui mûrit en nous pour y plonger ses propres racines.



7/ La découverte : 'Mothership EP' de Chelou

On ne sait pas trop ce qui a poussé cet Anglais à adopter un mot de verlan français pour nom de groupe, mais une chose est certaine : le garçon a de l'avenir. Sa reprise magnifique du "Aneurysm" de Nirvana, transformé en délicate ballade du fond des âges, nous avait déjà alertés sur sa capacité à produire une musique éminemment personnelle. Cet EP vient confirmer la chose de belle manière, puisqu'on y entend des chansons acoustiques qui témoignent d'un charisme fou. Quelques accords, une voix, un ou deux effets suffisent à transporter l'auditeur bien loin de son site de streaming. Intemporel et beau.



8/ L'électro de qualité française : 'Leviathan' de Flavien Berger (Pan European Recordings)

Flavien Berger ne pouvait que signer sur le label Pan European Recordings, le berceau idéal pour des expériences sonores inédites, croisant les genres, les pays, les langues (même si le français est avec bonheur celle qui nous occupe dans 'Leviathan) et les époques. Flavien Berger vient réconcilier Trisomie 21 ("La Fête noire" en lieu et place de "Fête triste"), Kraftwerk et Etienne Daho. Si certains titres appuient sur un côté clubbing expérimental ("Inline Twist" ou le morceau titre "Leviathan"), d'autres à l'inverse font parler la poudre pop ("Abyssinie", "Rue de la victoire"). Une belle confirmation pour un artiste qui n'a jamais été prometteur puisqu'il a toujours donné satisfaction.



9/ La poésie est un sport de combat : 'Deux yeux de trop' de La Canaille (autoproduit)

Avec ses trois premiers albums, La Canaille a su se renouveler sans cesse, alternant les musiciens et les styles mais conservant la rage du texte. A la plume, Marc Nammour reste le pilier de La Canaille et cisèle ses chansons avec un art du verbe engagé, pour ne pas dire politique. La preuve, ce nouvel EP autoproduit et disponible gratuitement sur le site du chanteur. A tous ceux qui pensaient qu'il n'existait plus de rap conscient ni d'auteurs hip-hop en France, La Canaille apporte un démenti cinglant.



10/ Cuir moustache : 'Zipper Down' des Eagles of Death Metal (Downtown Recordings)

Même sans le contexte tragique du Bataclan et des attentats, il fallait évoquer les Eagles of Death Metal dans ce bilan 2015. Déjà parce que nous sommes fans depuis toujours et que nous avons joué au billard avec le chanteur en 2009, mais aussi parce que cet album est excellent. A l'intérieur, on y trouve un mélange de nouveaux titres emballants ("Silverlake", "Skin Tight Boogie", "Got a Woman") et de reprises du disque solo de Jesse Hughes, le très mésestimé 'Honkey Kong' paru en 2011. A l'époque, Hughes souhaitait réaliser un disque tout seul, sans son acolyte et ami Josh Homme, histoire de se prouver qu'il pouvait le faire. L'orientation était davantage disco, mais démontrait de vraies qualités d'écriture. La preuve puisque les mélodies sont ici reprises dans une veine plus rock avec Josh Homme à la production. Après les attentats, la reprise "Save a Prayer" de Duran Duran et le titre "I Love You All The Time" sont devenus de véritables hymnes pour les rockers du monde entier.



11/ Rassembler Orient et Occident dans un destin : 'Ya Balad' de Bachar Mar-Khalifé (Infine)

On n'arrête plus Bachar Mar-Khalifé : ce chanteur et musicien franco-libanais vient de sortir 'Ya Balad', un disque somptueux qui confirme toutes les promesses de son album précédent, le très beau 'Who's Gonna Get the Ball from Behind' (2013). Dynamitant la musique orientale à l'aide du jazz, du contemporain, du classique ou même de la chanson française (on pense à la berceuse de Théodore Botrel "Dors mon gâs[E]"), Bachar Mar-Khalifé joue une musique tout autant cérébrale qu'émotionnelle. Un disque également en forme de prière pour son pays le Liban, qui a tant souffert et continue de souffrir. Le titre 'Ya Balad' signifie ainsi « Ô pays » et le disque s'ouvre sur un poignant "Kyrie Eleison", parole empruntée à un célèbre chant chrétien qui se traduit par « Seigneur, prends pitié ». Cette dimension liturgique et spirituelle transparaît à chaque instant dans 'Ya Balad', où le profane vient toujours alimenter le sacré. En arabe, le chant touche l'auditeur bien au-delà des mots, et le piano résonne ici avec des instruments comme le ney (une flûte perse), les percussions, le clavecin ou le mélodica, qui font tous des merveilles dans le final du virevoltant "Layla".



12 / Dansons tranquillement : 'Work EP' de Chet Faker et Marcus Marr

Vouloir mettre tout le monde sur le dancefloor ne signifie pas forcément abêtir l'auditeur (coucou David G.). C'est le pari de Chet Faker, ici accompagné par le DJ anglais Marcus Marr, sur cet EP. Certes, on y trouve un tube un peu formaté quoique sympathique avec sa guitare slappée ("The Trouble with Us"), mais on y entend surtout quelques titres plus profonds pour remuer ses fesses, notamment "Birthday Card" et le très beau "Killing Jar", un morceau légèrement trip-hop où la voix de Chet Faker prend un relief différent.



13/ Etonnants Français : 'Musique de club' de Bagarre

Ils ne plairont pas à tout le monde et ils ne passeront peut-être pas l'hiver, mais force est de constater que leurs clips ne nous laissent pas indifférents. Des plans séquences en noir et blanc avec les membres du groupe en plan serré ou plus large. Sur le très bon "Le Gouffre", l'un des chanteurs danse bizarrement comme possédé, sur "Bonsoir", un titre marrant qui présente le groupe, la caméra dézoome lentement tandis qu'un musicien pratique une espèce de step dance devant ses camarades immobiles. Le détail chic : ils portent tous des sweats Adidas. C'est minimaliste, un peu dadaïste, un peu poseur, mais ça marche. Surtout, Bagarre sait surprendre : "Claque-le" fait entrer en scène une chanteuse et joue sur les arrangements vocaux, et "Ris pas" évoque un Paris tout en allitérations. Autant de jolies flèches dans le petit carquois d'un EP, c'est étonnant !



14/ California ûber alles : 'Too' de FIDLAR

Chouette, les foufous de FIDLAR reviennent. Après un premier album rempli de pépites punk, garage et surf, des trucs qui cognent et qui gueulent, ils mettent de l'eau dans leur vin avec 'Too'. Un rock plus californien, plus lo-fi, plus grunge aussi, à l'image du single "40oz on Repeat" et de son clip, un hommage aux grands clips rock et pop des années 1990. Restent encore l'énergie et le déluge de décibels, même si ce sont parfois de vieux titres revisités : on pense au riff heavy de "The Punks Are Finally Taking Acid" ou aux chœurs Beach Boys sous amphétamines de "West Coast". Les paroles reflètent toujours autant le mode de vie déglingué des membres du groupe ("Sober", "Overdose", "Bad Habits"). Un disque moins directement percutant que le précédent, plus mainstream, mais avec toujours autant de qualité.



15/ 'Ici le feu a tout enseveli' de Feu! Chatterton

Quoi, encore des « bobos » ? Evidemment, un Parisien moustachu un brin dandy qui chante en costard des textes ciselés sur une musique actuelle, c'est forcément un atroce bobo. Tout comme Nino Ferrer, Serge Gainsbourg ou Christophe n'ont pas échappé aux étiquettes de leur époque (« yéyé », « chanteur rive droite »), Feu! Chatterton hérite des sobriquets couillons inventés par la nôtre. Au final, la musique seule compte, et des chansons comme "La Mort dans la pinède" (une merveille inclassable) ou "La Malinche" (plus dansante et contemporaine), mais aussi "Boeing" démontrent un travail d'écriture et de composition qui force notre respect.

Quelques rééditions à signaler :

Le coffret intégral de Renaud 1975-1983 (Polydor), pour redécouvrir le génie méchant d'un cœur tendre, le coffret indispensable 'One Way Street' de Mark Lanegan chez Sub Pop, qui contient ses premiers chefs-d'œuvre ('Whisky For The Holy Ghost', 'Field Songs' ou le disque de reprises acoustiques 'I'll Take Care of You', à se damner), mais aussi 'Pomaïe Klokochazia balek' chez Likadé, un premier disque où la folie créatrice de Nosfell explose déjà dans tous les sens : riffs bizarres, bruits de bouche curieux, voix pure, langage idiomatique...

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