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On peut rire de tout, surtout avec Blanche Gardin

Par
Emmanuel Chirache
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Dans la vie, on ne fait pas d’humour blanc et on ne broie jamais du blanc. Du coup et en dépit de son prénom, Blanche a décidé de faire de l’humour noir et de broyer du noir, l’un allant rarement sans l’autre. La dernière fois qu’on avait vu cette humoriste singulière, c’était via ses excellentes vidéos de Marjorie Poulet, des sketchs visibles sur YouTube dans lesquels elle incarne une championne de patinage artistique écervelée à l’accent du sud irrésistible et aux punchlines qui claquent : « Moi je pense qu’on devrait aller chercher l’argent là où il pousse… en Argentine. T’as compris ? » ou « Les préliminaires le matin, c’est pas très super, parce que t’as la tête dans le cul, mais de quelqu’un d’autre. » Après un passage remarqué au Jamel Comedy Club, Blanche s’est lancée dans le passage à vide : rupture sentimentale et dépression de plusieurs mois à la clé. A 38 ans, elle se retrouve seule et sans enfants, de retour sur un marché de la séduction pas vraiment bandant.


Ses problèmes et ses angoisses, Blanche les résout à sa manière dans son premier spectacle de stand-up, en s’en moquant frontalement, sans aucune limite. Tout y passe : la masturbation, le célibat, la mort de ses proches, la pédophilie et même les attentats de Charlie Hebdo auxquels elle consacre quelques minutes, car la jeune femme modifie régulièrement son texte en fonction de son inspiration. Le ton est cru et les horreurs qu’elle débite contrastent avec sa position raide de statue pétrifiée, ne bougeant qu’au gré de la péniche la Nouvelle Seine, bercée par la houle du fleuve en pleine décrue. Dans sa jupe sage, Blanche parle de sexe ouvertement et rentre dans le gras du lard. « C’est gênant quand on y pense, explique la comédienne. De nos jours, on fait l’amour avec des gens qu’on connaît à peine, avec lesquels on n’est même pas à l’aise au restaurant. Alors on est gêné parce qu’on a un morceau de salade coincé dans les dents, mais en revanche, ta bite au fond de mes amygdales, ça c’est pas gênant, c’est normal. Bah si, je suis désolée, c’est très gênant, bien plus que la salade. »


Après un premier quart d’heure en feu d’artifice de vannes où l’on rit sans s’arrêter, l’atmosphère évolue doucement vers plus de provocation et de gêne, et l’on sent parfois un peu trop une volonté de titiller la morale du spectateur et moins une envie de le faire rire. C’est bien là l’unique bémol de 'Il faut que je vous parle' qui repart vite sur les chapeaux de roues et réussit la prouesse de faire rire une salle comble en parlant d’une grand-mère agonisante et édentée, miroir de notre condition peu enviable de mortels. « On sait bien que les hommes finissent par mourir, rappelle Blanche, mais dans notre for intérieur, on refuse d’y croire pour nous-mêmes. Il y a une petite voix qui nous dit : Non, mais toi, ça va passer. Alors qu’en fait si, on va tous crever. » Ne riez pas jaune aux blagues de Blanche, elles sont là pour tromper la mort, justement.

>>> Blanche Gardin à la Nouvelle Seine, tous les vendredis et samedis à 21h30, les dimanches à 20h, jusqu'au 14 juin 2015. Réservations ici.

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