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‘Palermo Hollywood’ : l'Argentine moite et classieuse de Benjamin Biolay

Par
Alexandre Prouvèze
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Retour gagnant de Benjamin Biolay avec 'Palermo Hollywood', nouvel album qui pourrait bien être son meilleur.

Si Benjamin Biolay était un animal, ce pourrait être un hérisson. Ou alors un reptile, pas super avenant, genre pogona vitticeps. Une drôle de bestiole passablement patibulaire, quoi – mais dont on aurait pourtant tort de se méfier. Car sous ses airs de dandy poseur, arrogant, dépressif, gainsbarré ou amateur de néologismes chelous, Biolay a finalement tout d’un romantique à l’ancienne, avec ce que cela a de passionnant (la crudité autobiographique) comme d’agaçant (un certain nombrilisme). Ou, pour le dire autrement, les défauts de ses qualités.

Toujours est-il qu’avec un excellent double album (‘La Superbe’ en 2009), BB avait su mettre à peu près tout le monde d’accord, maniant avec nonchalance une écriture tour à tour brute et élégante, à la fois chiadée et rentre-dedans, alternant moments de grâce, dépression sèche, envolées ironico-lyriques et chroniques sexuelles gorgées de mélancolie. Mais depuis, entre un ‘Vengeance’ (2012) en demi-teinte et un album de reprises de Trenet, l’an dernier, aussi sympathique que paresseux, Benjamin Biolay semblait se la couler douce, y perdant pas mal de… sa superbe (alors ouais, il était vraiment facile, celui-là).

Aussi ne pouvait-on qu’éprouver une certaine curiosité, mêlée de crainte et d’impatience, en apprenant ces dernières semaines que le quadra à voix de cendar venait d’enregistrer un nouvel album entre Paris et Buenos Aires. Alors, on a attendu. Et après avoir pensé un moment à Guy Marchand et Astor Piazzolla, on a pu écouter ce nouveau disque, intitulé ‘Palermo Hollywood’ d’après un quartier de la capitale argentine. Et trêve de préliminaires, on peut vous l’affirmer : cinématographique et hanté, cet album est clairement l’un de ses meilleurs.

Des chansons plus courtes qu’à l’accoutumée sur des textes savamment évasifs, vaporeux, mêlant les langues (française et espagnole, logiquement) au gré de rimes internes, brisées, relançant par leur chaloupement le rythme des mots… Sur le plan de l'écriture, Biolay reste une plume assurée, élégante, distanciée. Mais c’est surtout au niveau des orchestrations que ‘Palermo Hollywood’ se révèle bluffant, lorgnant avec succès vers l’ampleur sixties d’Ennio Morricone ou de John Barry.

Qu’il s’agisse en effet du classique immédiat qui ouvre l’album – et lui donne son titre – ou de morceaux comme ‘La Débandade’ (qui, rassurez-vous, évoque davantage la hantise de la mort que les troubles de l’érection passé la quarantaine), du tango ‘Palermo Queens’ ou du badinage sautillant de ‘Miss Miss’, des cuivres bringuebalants de ‘Ressources humaines’ (en clin d’œil à cette délicieuse scie de ‘Porque te vas’) ou de délicatesses acoustiques (‘Palermo Spleen’, ‘Ballade françaises’), les instrumentations paraissent ici toujours équilibrées, amples, portées par des percussions aussi discrètes qu’efficaces. Et, souvent aussi, des arrangements de cordes à tomber par terre.

Et même lorsque le disque flirte avec des ambiances plus casse-gueule, en mode Manu Chao sous MDMA (‘La Noche Ya No Existe’, ‘Palermo Soho’), les compositions de Biolay restent au pire efficaces, au mieux terriblement fascinantes. En quatorze titres (et à une ou deux exceptions, à peine), ‘Palermo Hollywood’ aurait donc absolument tout pour constituer le meilleur album de son auteur. Alors même si le garçon vous agace, jetez-y une oreille. Vraiment. Vous pourriez bien vous retrouver très vite sous son charme délicieusement tabagique.

>>>> Benjamin Biolay, 'Palermo Hollywood' (Barclay/Universal), sortie le 22 avril

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