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‘Premier contact’ : la SF n’a pas dit son dernier mot

premier contact amy adams sf
© DR

Le fan de science-fiction est un peu le parent pauvre du cinéma de genre. Et pour cause : quand on compare les dizaines d’excellents livres de SF qui sortent chaque année, au peu de films valables en salles, il y a de quoi vouloir réécrire l’avenir. Heureusement, ‘Premier contact’ ne vient pas grossir le rang des bouses interstellaires, mais bien celui des longs métrages qui peuvent durer dans le temps (comme ceux de notre sélection de films de SF préférés). On n’en attendait pas moins du réalisateur canadien Denis Villeneuve, pourtant plus habitué à un cinéma nerveux, très ancré dans l’urbain, qu’à une exploration d’une hypothétique rencontre du troisième type.

Exit donc les angoisses familiales de ‘Prisoners’, où un père voit rouge après le rapt de ses filles ; oubliées aussi les préoccupations identitaires d’‘Enemy’, dans lequel Jake Gyllenhaal rencontre son double. Envolées également les manipulations militaro-politiques de ‘Sicario’, dans un Mexique plus tendu que jamais. Le scénario de ‘Premier contact’ vole au-dessus de tout ça, alors que dès le début du film débarquent aux quatre coins de la planète d’étranges monolithes noirs en suspension. Mais qui sont-ils ? Que veulent-ils ?

 

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Terrence Malick chez les extraterrestres

C’est là qu’intervient le personnage de Louise Banks, linguiste superbement interprétée par Amy Adams. Puisqu’il faut comprendre leurs intentions, il faut entrer en communication avec eux. C’est en tout cas tout ce que lui explique le colonel Weber (Forest Whitaker) lorsqu’il débarque dans son bureau pour lui demander son intervention. En quelques heures, miss Banks se retrouve parachutée du statut de prof en amphi, à celui de première civile à pouvoir entrer en contact avec une forme de vie « autre ». Classe.

Et là, vous vous dites que le coup de l’invasion extraterrestre, on vous l’a déjà fait 100 fois, et pas plus tard qu’avec ‘Rencontre du troisième type’, ‘Independance Day’, ou même ‘Mars Attacks!’. Oui, mais non. Car tout le talent de Villeneuve réside évidemment autant dans le traitement de son sujet que dans la mise en scène d’un scénario tiré d’une nouvelle de SF (Ted Chiang, ‘L’Histoire de ta vie’). Contrairement à beaucoup de films de science-fiction, le chaos et la violence n’ont pas leur place ici. Il y a de la tension, certes. Et des enjeux politiques, mais surtout des remous affectifs, émotionnels – comment rester de marbre devant cet être humain qui pose sa main sur une paroi renfermant deux aliens, pour la première fois ?

A la fois grandiose dans sa photo et sensible dans son propos, le long métrage de Villeneuve oppose au spectaculaire hollywoodien des images-hameçon, accrochant l’œil durablement. Comme cet inoubliable vaisseau, fabriqué pour les besoins du film. Ou encore l’alphabet extraterrestre et ses multiples déclinaisons. Et quand le duo de scientifiques interprété par Amy Adams et Jeremy Renner se retrouve, Villeneuve fait souffler le vent, bouger la nature, dans une scène que Terrence Malick aurait pu filmer – même si, le plus souvent, on pense à l’audace visuelle d’’Under The Skin’ ou à l’esprit d’’Interstellar’.  

 

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L’avenir est-il dans la SF « light » ?

Progressivement, les aliens se font moins présents, moins mystérieux aussi, et l’histoire se resserre autour des êtres humains et de leur destin, vrai sujet du film. Car comme souvent, l’autre est un miroir, moins terrifiant que les comportements qu’il reflète. Alors au lieu d’explorer l’altérité, de multiplier les effets spéciaux et le spectaculaire, le réalisateur resserre sur la sphère intime pour permettre à un large public de s’identifier à ses personnages, ou au moins d’éprouver de l’empathie.

C’est là toute l’intelligence, mais aussi la limite du film, qui préfère parler à tous plutôt qu’apporter des idées nouvelles pour représenter ces créatures qui peuplent d’autres contrées. Pourquoi serait-on censés pouvoir communiquer avec elles, les comprendre ? Et pourquoi seraient-elles incarnées dans une forme si proche de ce qu’on connaît déjà, ici un aspect assez animal ? Des questions qui ne trouveront pas ici leur réponse. Reste un excellent film à la beauté fragile, à l’instar de son personnage principal, qui fait le pont entre SF et fiction à gros budget classique.

 

'Premier contact' : bande-annonce

 >>> 'Premier contact' de Denis Villeneuve, en salles ce mercredi 7 décembre.

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