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PNL Yard report

Quand le Wanderlust se met en mode PNL

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Dès le début, tout indiquait qu’il s’agissait d’une soirée particulière. Postés sur le quai d’Austerlitz, face au Wanderlust, les agents de sécurité quadrillent la zone à coups de grosses barrières pour tenter de cerner une queue exceptionnellement longue. Dans le public, jeune, fourni et hétéroclite, les cheveux mi-longs gominés et les casquettes vissées sur la tête côtoient les t-shirts à l’effigie du second album, ‘Le Monde chico.’ Dans quelques minutes, tous sauront si le privilège leur est donné d’entrer pour voir ce groupe qui fascine et sidère, enivre ou énerve, et dont la musique, stratosphérique, a « changé la direction du rap français » pour reprendre les termes du magazine américain The Fader. Ce sigle, qui agite Internet depuis maintenant deux ans, est sur toutes les lèvres ce soir : PNL.

Il faut dire que cette Yard du 27 septembre est particulièrement exceptionnelle. Les deux frères, Tarik (Ademo) et Nabil (NOS), originaires de la cité difficile des Tarterêts à Corbeil-Essonne dans le 91 (« connu sans le rap », "Tu sais pas"), sont franchement peu friands en apparitions publiques. En sus d’un black out médiatique à la manière des Daft Punk, PNL (acronyme de « Peace and Lovés ») n’est apparu sur scène qu’au compte-gouttes et s’avère, à la manière d’un Gynéco, adepte des grands écarts : le festival écolo We Love Green cet été, celui de jazz à Montreux en Suisse, l’inauguration de la boutique de « la marque la plus cool du monde », Supreme… Tout semble minutieusement calculé.

Le spleen du dealer

Evénement d’autant plus exceptionnel que la fièvre PNL a atteint des températures inédites. Les compteurs sur Youtube s’affolent - leurs clips récoltent plus de 270 millions de vues à ce jour -, la presse s’emballe, les records sur les plateformes de streaming se succèdent et, surtout, le dernier album, ‘Dans la légende’, jouit d’un emballement tant populaire - disque d’or dès la première semaine - que critique. Chez Time Out, l’album résolument sombre nous a ébloui grâce à son atmosphère vaporeuse et planante, sa cohérence et sa complexité, ses lyrics désenchantées (spleen du dealer) et les voix smooth à l’autotune.

C’est dans ce contexte que les rappeurs sont attendus au Wanderlust. Alors que les DJ servent les tubes du moment en guise d’amuse-gueule, calme et tensions s’entremêlent quand le groupe tarde à se faire entendre. En attendant, ça fume de partout et ça boit jusqu’à plus soif, certains draguent les filles de bon aloi quand d’autres snapent à tout va pour dire « on y était. » A l’extérieur, la foule offre un spectacle presque grand-guignolesque pour entrer à tout prix.

23h45. PNL débarque enfin sur scène affublé d’une « paire de lunettes sur le zen, » derrière lesquelles on devine le poids des paupières. Avec plus d’une demi-heure de retard sur le planning, le groupe dompte très vite, tels des maîtres sorciers, la transe et l’hystérie collective. La suite, elle, ressemble à un pot pourri de leurs succès. Accompagné de ses micros autotunés, le duo enchaîne les tubes de son premier album ("J’suis PNL" qui ouvre magnifiquement le show, "Oh lala", "Le Monde ou rien", premier succès) et du dernier (l’excellent et mélancolique "DA", l’entêtante "Naha", "J’suis QLF", etc.)

Si l’on ne voit et entend que peu les deux frères à cause de la distance, ce n'est pas grave tant, au milieu de "Que la famille" (« que la famille », répété en masse par NOS), on scande en cœur et de façon maniérée toutes les paroles au milieu d'une importante densité de coudes. Après un peu plus d’une demi-heure, PNL s’en va déjà. Suivi par une horde de Parisiens. Et nous, on n'a presque plus de voix.

 

 

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