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Quand les collectifs tg STAN et Dood Paard subliment 'Art' de Yasmina Reza

Quand les collectifs tg STAN et Dood Paard subliment 'Art' de Yasmina Reza
© Sanne Peper

Interprété par les collectifs tg STAN et Dood Paard, 'Art' de Yasmina Reza est bien plus qu’une réflexion sur l’art contemporain : c'est un grand moment de théâtre, aussi drôle que philosophique.

Frank Vercruyssen du collectif belge tg STAN et ses deux acolytes Kuno Bakker et Gillis Biesheuvel du groupe hollandais Dood Paard n’abordent pas 'Art' à la légère. Sur le plateau du Théâtre de la Bastille, leur version de la pièce la plus connue de Yasmina Reza, traduite en trente-cinq langues, se présente d’emblée comme un gros chantier. Au sens propre comme au figuré. En tenue de déménagement, l’air absorbé, les trois hommes préparent en effet le décor sous les yeux du public qui s’installe. Bâches, planches, outils… Manipulés avec énergie, ces objets qui évoquent le théâtre de tréteaux créent une atmosphère simple et honnête, loin de l’univers bourgeois auquel appartiennent Marc et Serge, amis de longue date dont la querelle est au cœur de la pièce de Yasmina Reza. L’'Art' très libre et jouissif du tg STAN et de Dood Paard peut commencer.

© Sanne Peper

 

L’art pour rire

 « Une merde blanche. » Autant les comédiens prennent le temps d’arranger leur espace de jeu, autant le verdict de Frank Vercruyssen alias Marc tombe vite lorsque Kuno Bakker lui dévoile l’acquisition de son personnage : un tableau blanc strié de quelques liserés blancs transversaux, réalisé par un grand nom de l’art contemporain. Après quelques mimiques sidérées, il fait appel à Yvan (Gillis Biesheuvel), ami commun des deux hommes, représentant en papeterie et sur le point de se marier.

Tous les ingrédients de la comédie bourgeoise sont dès lors réunis, de même que celui qui va servir à sa destruction. Soit un jeu à la grande puissance comique, largement basé sur l’improvisation et l’effacement des frontières entre personnage et interprète. On oublie d’emblée la controverse suscitée par la pièce lors de sa création en 1994 par Patrice Kerbrat à la Comédie des Champs-Élysées, du fait d’une approche de l’art contemporain jugée réactionnaire. Traité ici de manière assez anecdotique, ce dernier est surtout pour tg STAN et Dood Paard un prétexte au déploiement d’un verbe débridé et volontiers absurde.

Dialogues sur le blanc

Avec l’accord de l’auteure, les trois comparses font donc de la pièce ce qui leur plaît. Sans pour autant la mettre en pièces. En l’agrémentant de leur humour très personnel, ils soulignent l’efficacité des répliques et ce qu’elles cachent de plus sérieux derrière leur apparence badine : une réflexion sur la nature des rapports humains à l’ère capitaliste. Tout en symbolisant l’époque, le tableau blanc qui trône au milieu de la scène est alors une image non seulement de nos difficultés à communiquer, mais à articuler un discours structuré sur le sujet. La drôle et folle parole de cet 'Art' a beau tourner autour du blanc, elle est loin d’être sans fond. 

 

Quoi ? 'Art'.
Quand ? Jusqu’au 30 juin.
Où ? Théâtre de la Bastille

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