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Refugees at home : le couchsurfing solidaire

Par Elsa Pereira
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Elle ne pourrait s'occuper que de ses études en relations internationales, de boire des bières le soir en sortant de cours et du temps qu'il fait. Pourtant, Marguerite, la vingtaine, parisienne, partage son temps entre les camps de réfugiés et les révisions pour ses examens. Début 2016, elle crée avec un groupe d'amis le site internet Refugees at home, un lieu de mise en relation entre réfugiés et personnes susceptibles de proposer un toit, le temps d'une nuit ou d'une semaine. 

Quand est née l’idée de Refugees at home ?

Le site a été créé en janvier, mais on planche à cinq (ndlr : Hortense, Julie, Marin, Hannah et Marguerite ) sur le projet depuis juin dernier. C’est autour de cette période qu’à Paris, on commençait à voir se former de nombreux camps, comme celui d'Austerlitz. Des personnes venaient naturellement sur ces campements et proposaient aux réfugiés de les héberger chez eux. Ce n’est qu’à partir de novembre, que j'ai commencé à rechercher plus sérieusement autour de moi des personnes qui voulaient proposer un toit. Vers place des Fêtes, dans le 19e, il y avait un squat qui recueillait les exilés avant qu'ils ne soient pris en charge par les autorités. Quand celui-ci a fermé, on a vraiment ressenti le besoin de trouver des personnes susceptibles d’héberger quelques nuits des personnes qui n’ont d’autre solution que de dormir dans la rue. 

Il s’agit avant tout d’une solution ponctuelle et d’urgence ?

Oui, on voulait vraiment combler le vide entre l’arrivée et la prise en charge par une association. En France, la demande d'asile est une procédure assez longue. Il faut d'abord prendre rendez-vous en préfecture, mais avant ça, il faut passer par une association. Et chaque jour, la queue devant les associations se rallonge. Le jour de rendez-vous – déterminé en fonction de la nationalité – peut être fixé dans deux, voire trois mois. Or dans certains cas, l'hébergement n'est proposé que le jour du rendez-vous. D'ici là, ils n'ont aucune prise en charge, on leur dit d'appeler le 115, lui-même déjà débordé, ou on leur propose à la dernière minute des hôtels excentrés.  

Comment procédez-vous ?

On nous contacte via le site. Nous sommes deux parfois trois à répondre aux mails et à rencontrer les personnes qui proposent un abri. C’est important pour nous de voir l'endroit qu'ils proposent et aussi de rencontrer les personnes. On n'envoie pas les réfugiés chez n'importe qui, et réciproquement. La communauté afghane ou soudanaise nous envoie des messages quand ils rencontrent des personnes qui doivent être hébergées, des familles, des femmes, des enfants malades mais aussi des hommes seuls qui dorment dans la rue depuis quelques jours ou des semaines et qui ont besoin de quelques jours pour pouvoir se reposer. Ils nous disent combien de jours ils peuvent héberger et s'ils préfèrent héberger une femme, s'ils acceptent les familles, etc. Ensuite on les met en contact. Certaines semaines, on peut loger entre trente et trente-cinq personnes, d'autres semaines on est moins sollicités. En général, on reçoit autour de deux propositions de toit par jour.

C'est assez gratifiant de se dire que l'on fait une différence concrète dans la vie de quelqu'un en l'hébergeant deux trois jours chez soi. On vit ensemble, on mange ensemble, c'est une véritable manière de rencontrer des gens. C'est facile et marrant, on a eu que des retours hyper positifs des hébergeurs.  

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