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Rencontre avec Elie Edme, enseignant en arts du corps

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© Elie Edme

Elie Edme est un sacré personnage : prénom de prophète et gueule d’ange, il consacre depuis quelques années ses jours et ses nuits à sa méthode de pratique corporelle transdisciplinaire Corps Global. Une approche qui fait voler en éclats les frontières entre disciplines sportives et corporelles, pour mieux répondre aux différentes sollicitations du quotidien et se concentrer sur les résultats. En bref, cet homme a un objectif dans la vie : vous la rendre meilleure. On a donc cherché à en savoir plus sur ce qu’il propose dans ses cours et son coaching, et à comprendre quelle est sa philosophie. Mais pour vraiment en apprendre davantage, on vous conseille après la lecture de cet article de faire l’expérience de son apprentissage (testé et plus qu’approuvé). Ca tombe bien : il sera à la Gaîté Lyrique ce dimanche 8 mai 2016 pour un atelier de relaxation (l’une des nombreuses facettes de Corps Global), en parallèle de notre brunch avec Welcome Bio.

Est-ce que tu peux te présenter ?

Je m’appelle Elie, j’ai 27 ans, et je vis à Paris depuis ma naissance. Pour faire bref par rapport à ce que je fais dans la vie, j’enseigne aux gens la maitrise corporelle. J’ai créé une méthode qui permet de développer la capacité d’adaptation : c’est une approche personnelle qui passe avant tout par le corps. La capacité d’adaptation repose d’abord sur des capacités corporelles, et c’est donc ça que je transmets.

Comment en es-tu venu à créer ta propre méthode de pratique corporelle, Corps Global ?

Ce qui m’intéressait c’était déjà de développer ma pratique. J’ai commencé par les arts martiaux et au fur et à mesure je me suis aperçu qu’au-delà de ce qu’on recherche quand on pratique un art martial, ce qui m’intéressait étaient les capacités d’adaptabilité et de résilience. S’adapter au contexte et naviguer de manière fluide et optimale dans la vie. Et donc me responsabiliser, devenir maître de ma vie. Il y a plein de manières de faire ça, l’objectif est très vaste, mais ma démarche personnelle était ancrée dans le corps dès le début : les arts martiaux d’abord, puis le yoga, qi gong, la gymnastique, la callisthénie, mais aussi plus largement le survivalisme, la préparation matérielle, technique et psychologique à des ruptures de normalité, les outils de vie comme la nutrition ou le sommeil, le développement de la conscience subtile du corps et de l’esprit par la méditation… Tous les outils qui nous permettent de se construire un corps, d’assurer notre propre sécurité, de développer une santé robuste et de se connaître en profondeur : voilà les 4 axes que je continue d’approfondir aujourd’hui, et autour desquels j’ai construit mon enseignement.

Et donc, tu as ensuite pris goût à l’enseignement…

Oui, même si j’ai simplement suivi ce que je voulais faire, ma démarche est en fait née d’une prise de conscience : je ne me sentais tout simplement pas capable de prendre en main certains aspects de ma vie. Alors forcément, c’est lié à l’environnement : né à Paris, dans une grande ville qui fait naître un certain nombre de problématiques. La ville, c’est un peu un cocon où tout le monde est assisté pour tout, où tout est disponible tout le temps. Donc pour te construire un corps, tu vas à la salle de gym voir ton coach ; pour ta sécurité, tu appelles la police ; pour ta santé, tu comptes sur ton médecin ; et pour te connaître, tu fais un tour chez le psy…

Là ce que tu dis aussi, c’est qu’il existe un métier pour chaque besoin, et qu’il faut payer pour chacune de ces activités, tu ne peux pas mobiliser ça seul et à l’envie…

Exactement. D’ailleurs avant d’être enseignant, je suis pratiquant. Ce qui m’intéressait, c’était de devenir mon propre coach sportif (pour pouvoir utiliser mon corps librement), mon propre protecteur (me sentir responsable de ma sécurité), mon propre médecin (posséder des solutions concrètes pour tomber le moins possible malade) et mon propre psy (afin de gérer ma vie mentale et spirituelle sans avoir forcément à me reposer sur quelqu’un d’autre). Mais la ville n’encourage pas tout ça, et plus généralement la civilisation moderne non plus. Même si attention, je ne suis pas pro-décroissance, je ne fantasme pas l’Age de pierre, l’Ouest sauvage américain ; j’apprécie vraiment les avancées technologiques et le confort. Mais dans ce système, c’est pour moi particulièrement important de ne pas oublier d’où on vient, et de ne pas prendre tout ça pour acquis. Donc pour moi l’enseignement équivaut aussi à donner à des personnes les moyens de s’autoréguler. Même s’il faut des coachs, des policiers, des médecins, des psys, etc. Ma démarche n’exclut pas la société, mais vise à renforcer l’individu pour justement renforcer le tout.

© Elie Edme

 

Donc l’idée de ta méthode Corps Global, c’est de permettre à la personne de pouvoir s’adapter au quotidien à n’importe quelle situation…

Oui. En gros, quel que soit le problème que tu rencontres dans ta vie, tu as un outil que tu peux utiliser pour fluidifier la situation. Donc, te sentir mieux, voire te sentir bien, quelles que soient les circonstances. On ne peut que tendre vers cet idéal, on ne peut pas s’imaginer maîtriser tout cela un jour, mais petit à petit, avec l’expérience de la pratique, mieux gérer/apprivoiser/appréhender les situations. Par exemple, la position assise est devenue très commune, beaucoup d’entre nous passent 8 heures par jour devant leur ordinateur ; si on ne fait rien pour introduire de la diversité dans l’usage de son corps, on va vite développer des problèmes de dos, de cou, etc., et si on ne fait rien on termine avec une prothèse ou de vrais soucis de santé à 60 ans, ce qui est très commun. Et la clé pour éviter ça, c’est à mon sens une pratique la plus variée et généraliste possible, à l’image de celle que je propose.

A ton avis, dans les grandes villes, est-ce qu’on a tendance à se dissoudre dans le groupe ? Est-ce qu’on est moins centrés sur nous parce que plus entourés ?

Il y a un double jeu. D’abord, notre condition de terrien moderne : métro, boulot, dodo. On s’enferme beaucoup dans des routines, et le fait de ne plus explorer, ne plus découvrir, ne plus repousser nos limites ni de se confronter à l’inconnu, ça nous enferme dans des comportements et des manières de faire qui sont très puissantes. Le but, c’est d’avoir plus d’options, c’est de redécouvrir ces options qui sont devenues invisibles.

Le poids du groupe est en effet énorme, mais c’est aussi une force, parce que l’humain a survécu comme ça. Seuls, on est très faible dans la nature ; c’est l’union, et notre capacité à appréhender des problèmes simples avec des solutions complexes qui ont fait qu’on a été capables de survivre. Pratiquer, c’est donc aussi sortir de l’habitude, avoir plus d’options, de jeu, au sein du groupe. Sans renier le groupe pour autant.

Au final tu proposes plus un mode de vie, qu’une simple méthode oubliée dès le cours terminé ?

En fait ça dépend beaucoup de l’implication que chacun veut et peut mettre dedans. Je propose un panel d’engagement, du cours de groupe aux stages au coaching individuel. Même si effectivement l’idée est de développer une pratique quotidienne qui va s’insérer et se mêler à la vie de tous les jours. Et par rapport à une pratique spécialisée comme le yoga ou les arts martiaux, ça ne demande pas forcément plus de temps, juste un état d’esprit : concevoir qu’on puisse étudier au sein d’une méthode généraliste un large éventail de pratiques corporelles.

D’où te vient cette envie de partager ça à travers l’enseignement ?

Le désir d’enseigner est venu très jeune chez moi, déjà ado j’avais envie de ça. Et je me suis autorisé à me lancer là-dedans très tôt, je ne me voyais pas me brider par rapport à ça. L’expérience vient en faisant. Enseigner, c’est pour moi la meilleure manière de progresser dans ma pratique et bien sûr, dans la transmission. Car tu es obligé de tout déconstruire afin de pouvoir reconstruire, pour aller au cœur des choses et permettre à toute personne qui viendrait te voir avec son problème et ses circonstances spécifiques, l’opportunité de progresser, quel que soit son niveau, quel que soit son point de départ.

© Elie Edme

 

Comment tu conçois la relation enseignant/élève du coup ?

Pour moi c’est une relation à double sens. J’apprends autant de mes élèves qu’ils apprennent de moi. Les niveaux d’apprentissage ne sont pas les mêmes, mais c’est un échange dans tous les cas. Je ne me place pas dans la position du guru infaillible qui détiendrait les solutions à tous leurs problèmes. Je propose des pistes de travail, d’une manière organisée et structurée, pour que chacun puisse s’approprier et utiliser l’information à partir de là où il est. Seulement alors le vrai travail peut se faire et qu’il y a un transfert possible à la vie, en dehors du cours. Ma seule exigence envers les élèves,  finalement, c’est d’être curieux et ouvert à la découverte.

Donc ton cours peut prendre des airs de laboratoire, autant pour toi que pour tes élèves ?

Oui. Le chemin que j’ai choisi est trop vaste pour prétendre former des futurs maîtres ou des futurs champions. Je n’ai pas de recette magique, ni de pilule miracle. Les deux grands axes de ma pédagogie c’est : 1/ produire une structure pédagogique cohérente afin que chacun puisse réaliser ses objectifs à son rythme 2/ donner à l’élève les moyens de développer créativité et capacité personnelle d’expression. Donc de lui donner au final envie de s’émanciper de l’enseignement, d’être autonome dans la pratique, si du moins il le souhaite.

Pourquoi ta méthode passe avant tout par le corps ?

Qu’on le veuille ou non, la capacité d’adaptation et la résilience passent avant tout par le corps. Exemples : est-ce que tu es capable de passer une nuit dehors alors qu’il fait -10 °C ? Est-ce que tu peux te priver de nourriture pendant un certain temps, sans péter un plomb ? As-tu les outils pour éviter d’avoir mal au dos, ou es-tu démuni face à tes douleurs chroniques ? Parce que le corps est un ancrage sacrément important ; hors de lui, on peut penser beaucoup de choses, mais qui n’auront pas forcément de réalité.

Si tu devais citer trois personnes qui t’ont inspiré ou t’inspirent encore aujourd’hui…

Léo Tamaki, enseignant d’aïkido, art martial que j’ai pratiqué pendant de nombreuses années. Quand j’étais au collège et que je commençais déjà à développer une pratique personnelle, Léo était un idéal de virtuosité technique et d’engagement dans la pratique. Ca m’a aidé à me construire et a fait résonner ce qui était en moi. C’est quelqu’un d’exigeant et de perfectionniste, qui m’a servi de modèle.

Ido Portal, adepte du mouvement et du développement physique, que je n’ai jamais rencontré. Mais son message m’a permis de commencer à concevoir ce que j’avais envie de faire, oser cette approche transdisciplinaire. Alors que j’étais tiraillé entre toutes ces disciplines et intéressé par chacune d’elle, il m’a permis de voir qu’une approche généraliste des arts du corps était possible.

Marta Havlicek, praticienne de la méthode Feldenkrais, une méthode de réappropriation du corps par le mouvement, qui m’a donné beaucoup de pistes pédagogiques pour unifier les disciplines qui sont travaillées dans ma méthode, pour en faire un système cohérent. Grâce à elle, j’ai pu voir et faire des liens que je n’aurais pas faits autrement.

Le dernier mot t’appartient…

Si on vit sa vie sans se préoccuper de son corps, c’est le corps qui un jour se rappelle à nous. Et bien souvent, le rappel est brutal. Une pratique corporelle variée est une expérience riche qui permet de changer de perspective sur la vie. Il n’est jamais trop tard pour commencer sur ce chemin, qui s’adapte à tous et donne à chacun l’opportunité de mieux se connaître, de se dépasser, de réaliser chaque jour un peu plus son potentiel.

 

Retrouvez plus d'informations sur Elie Edme et la méthode Corps Global sur son site Internet.

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