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Rencontre avec les programmateurs du génial festival F.A.M.E la Gaîté Lyrique

F.A.M.E 2016
Mark Leckey, 'Parade' / Courtesy the Artist and Cabinet, London

Pour sa troisième année, le festival F.A.M.E (Film & Music Experience) revient à la Gaîté Lyrique, du 10 au 13 mars, avec une programmation toujours aussi savoureusement barrée, alternant monuments underground, soubresauts jazz-metal-électro-pop maboules et pépites improbables, élaborant une délicieuse célébration des formes filmiques et une exploration, aussi riche que déviante, des cultures contemporaines.

Pour en savoir plus sur cette nouvelle édition, nous avons rencontré les programmateurs du festival, deux authentiques passionnés, Olivier Forest et Benoît Hické.

Une démarche intuitive

En général, il est assez facile de savoir si un duo fonctionne bien… Ici, nul doute sur la complicité qu’entretiennent les deux architectes de F.A.M.E, qu’on retrouve à parler d’une même voix : l’un complétant les phrases de l’autre, prolongeant leur pensée commune, se relançant réciproquement dans des réflexions riches, tour à tour esthétiques et sociales, culturelles et politiques. A la fois ouverte, curieuse et ultra-référencée, la programmation des films paraît à leur image. Naturelle, connivente. Et sans préméditation.

Les intéressés confirment : « La sélection se fait assez naturellement, en suivant notre curiosité. On voit des films sans idée prédéfinie ou plan établi, pour laisser la programmation se construire peu à peu. Cette année, on a ainsi clairement vu se dessiner quelque chose autour de la nuit, de la fête, du clubbing… C’est une intuition qui est montée petit à petit, à partir d’un ou deux films qui nous ont orientés, qui nous ont donné envie d’en voir d’autres… Ca peut paraître nébuleux à définir, mais on tombe généralement d’accord pour se dire d’un film s’il correspond ou non à F.A.M.E. »

La musique comme catalyseur social

Des films transversaux, envisageant la musique comme signe de phénomènes collectifs, « puissant catalyseur des tendances profondes, parfois enfouies, des sociétés », ainsi que la qualifient Olivier Forest et Benoît Hické.

Le premier développe : « L’année dernière, on avait un film sur Elliott Smith, un film sur Pulp, un sur Edwyn Collins… Cette année, on s’est rendu compte que la sélection s’était davantage construite du côté du public, avec des films sur des fans, sur des danseurs, sur des clubbers, des lieux… Et ce contrepoint avec l’édition précédente nous a finalement réjouis. On est contents d’avoir ce festival sans star, mais plutôt sur des mouvements, des communautés… C’est un peu ça, aussi, l’alchimie et la joie de la programmation : se rendre compte que l’ensemble des films trouvent une cohérence qu’on n’imaginait pas à l’origine. »

Ce que Benoît Hické confirme, en poursuivant : « L’un des seuls films qu’on ait programmé cette année avec une star, c’est celui avec le chanteur de The KLF, Bill Drummond, qui a sabordé sa carrière en brûlant un million de pounds avant de s’extirper de la scène médiatique, dans un geste presque situationniste, dynamitant le système de l’intérieur. » Une star pour le moins à contre-courant, en somme… Et l’unique célébrité du festival ? « Oui… Enfin, avec Giscard ! » (Avec ‘Giscard, le grand art ?’ de Catherine Aïra et Yves Le Pestipon.)

Eclectisme et sens du détail

Vu d’ensemble, cela débouche sur un éclectisme revendiqué où se mêlent tendances hétérogènes, histoires intimes ou communes, cultures méconnues et contrastées.

« Que ce soit un film sur un groupe de métal un peu pop qui remporte l’Eurovision, sur un producteur belge oscillant entre Patrick Juvet et la ‘Danse des canards’ ou sur le favela funk des bidonvilles brésiliens, ce sont d’abord les mouvements de vie populaires qui nous fascinent… Mais après, ce sont les différents regards portés sur ces phénomènes qui nous poussent à choisir un film. D’où la présence cette année, par exemple, de l’artiste anglais Mark Leckey, qui a beaucoup travaillé sur les danses hardcore, sur le found footage ou sur la tendance actuelle à l’autoportrait, à travers les bribes impures de la pop culture qui nous constituent », explique Olivier Forest.

Son complice, Benoît Hické, précisant : « Parfois, certains de ces films ont des histoires improbables ou ténues, construites à partir de bribes, de détails, d’accidents, mais elles parlent à leur façon tout aussi précisément de certains phénomènes que des essais de sociologie, que ce soit sur des aspects sociaux, sexuels, militants ou historiques. » En somme, des thèmes aux contours délibérément fluctuants, pouvant s’opposer aux formats télévisuels dominants : « C’est vrai qu’on cherche des films avec une certaine ambition formelle dans leur façon d’aborder les choses, de mettre les mouvements en images, avec un regard singulier, une temporalité particulière. »

Entre la légèreté et la lutte

Si de multiples tendances, culturelles et musicales, se trouvent représentées dans cette troisième édition de F.A.M.E, on remarque en parallèle un angle politique insistant – que ce soit à travers les déclassés de Harlem dans ‘Field Niggas’ de Khalik Allah, les fermiers soudanais en proie aux bombardements de ‘Beats of the Antonov’ de Hajooj Kuka, ou les quartiers désespérés de Rio de Janeiro dans ‘Inside the Mind of Favela Funk’ de Fleur Beemster et Elise Roodenburg.

« Ce sont effectivement des films qui ont une prise forte sur le politique. La musique, ce n’est pas forcément que le pop, la légèreté… Il y a aussi la lutte, la survie et des questions contemporaines plus graves, plus poignantes, où la musique peut avoir une place cathartique ou salvatrice. C’est aussi important pour nous de prendre cette position en présentant ces films. Au fond, c’est sans doute cette rencontre, cette juxtaposition du drame et de la joie qui nous anime. »

Projections, clubbing (entre une performance du légendaire duo Scratch Massive et une soirée Sonotown) ou conférences : le choix est effectivement large. Et l’on ne manquera pas de s’y plonger passionnément !

Quoi ? • F.A.M.E - Film & Music Experience, 3e édition.
Quand • Du jeudi 10 au dimanche 13 mars 2016, à la Gaîté Lyrique.
Consulter la programmation complète sur le site de la Gaîté Lyrique.

F.A.M.E 2016 • Bande annonce du festival

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