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Rencontre avec Mehdi Ben Cheikh : créateur de la Tour Paris 13

Par Justine Reix
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Mehdi Ben Cheikh est l'instigateur de la Tour Paris 13 et de bien d'autres projets tels que le village d'Erriadh à Djerba ou encore les graffs du Pont des Amoureux. Maître dans l'art contemporain, il s'exerce et donne vie à ses œuvres et celles d'autres artistes dans sa galerie Itinerrance depuis 2004. C'est là qu'il nous a accueillis à l'occasion de la diffusion du documentaire 'La Tour Paris 13' sur France ô le 23 juin à 22h45.

Comment vous est venue l'idée de la Tour Paris 13 ? 

C'est un concept que j'ai imaginé peu à peu. On a fait plein de murs de graffs dans le 13e arrondissement, environ une trentaine. Le problème était que nous devions toujours faire voter des propositions pour chaque œuvre aux habitants. Quand elles étaient acceptées, on arrivait à des résultats très policés : il fallait qu’il y ait beaucoup de couleurs et que cela soit politiquement correct. J’avais imaginé pouvoir intervenir sur une surface qui était vouée à la destruction, un immeuble pour pouvoir faire ce que je voulais, sans passer par les votes. C’est comme ça que sont nées les grosses gouttes orange sur l’immeuble. Une fois ces gouttes faites, j’ai pensé aux appartements vides de la tour. Je me suis finalement dit que l’intérieur était beaucoup plus intéressant que l’extérieur, c’est ainsi que j’ai imaginé cette expo. Le but était de créer un événement artistique totalement gratuit, sans démarches commerciales, sans ventes. 

Y a-t-il des œuvres de la Tour que vous affectionnez tout particulièrement ?  

Non, pour moi la Tour Paris 13 est un tout, même si j’ai fait la découverte de certains créateurs. Cette expérience est le meilleur exercice qui soit pour un artiste. On le voit pendant une semaine créer, du coup, on peut aussi voir humainement s’il tient la route, s’il a un projet de suite ou encore s’il a piqué une idée quelque part et qu’il n’arrête pas de la retourner. Je savais ce que je voulais. Je souhaitais que l'on peigne toute une pièce et non un mur comme la plupart des graffs pour qu'il y ait une prise de conscience de l’espace, en 3D et non plus en 2D. C’était ça le challenge.

©Flickr/CreativeCommons

©JimmyC/FlickrCreativeCommons

 Vous êtes le créateur du « nouveau » Pont des Arts, que pensez-vous de la polémique autour de ce dernier ? 

Les cadenas ont été enlevés, ce n’est pas moi qui les ai retirés. Il s’agit de panneaux de graffs qui durent quatre mois, il n’y a pas de raison de faire de polémique, c’est juste en attendant qu’ils mettent des vitres. Ceux qui n’aiment pas n’ont qu’à attendre. Il y a deux extrêmes, ceux qui détestent et ceux qui adorent. Je pense qu'on a touché un point sensible : le Pont des Arts, le Pont des Amoureux qui est un lieu typiquement parisien. Personnellement, je n’ai jamais mis de cadenas dessus, j'imagine que les Parisiens non plus et que ce sont plus les touristes qui le font. J’en aurais peut-être mis un si j’étais à Rome ou à Vienne, je n'en sais rien. Ces cadenas, c’était surtout un poids, environ 45 tonnes, cela détériorait énormément le pont. C’est bien beau le truc des amoureux mais faudrait pas que cela dure des siècles. Paris est une vieille ville et il faut s'adapter à ses édifices. Je suis plutôt pour la conservation du patrimoine. La mairie de Paris m’a contacté, nous avons fait appel à quatre artistes. Cela s'est fait très rapidement, en dix jours, histoire qu'il y ait quelque chose sur les panneaux en attendant les vitres. 

D'autres projets en perspective? 

Oui mais je n'en parle jamais par superstition. 

©Youguie/FlickrCreativeCommons

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