Monde icon-chevron-right France icon-chevron-right Paris icon-chevron-right 'Swagger' : Olivier Babinet filme l’adolescence en banlieue avec classe
'Swagger' : Olivier Babinet filme l’adolescence en banlieue avec classe

'Swagger' : Olivier Babinet filme l’adolescence en banlieue avec classe

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Face caméra, Régis N’Kissi raconte le dernier épisode – ultra complexe – des "Feux de l’amour", son envie de devenir styliste et la tenue qu’il portait à la dernière rentrée des classes : « Tout le monde s’habille pareil, jogging-capuche, moi j’ai mis mon slim, mes boots en cuir et une fourrure ». La classe quoi.

Régis est l’un des onze adolescents filmés par Olivier Babinet dans 'Swagger', documentaire qui fait entendre les voix, les envies, les désirs et les cauchemars de ces jeunes vivants à Aulnay et Sevran, dans l’une des cités les plus défavorisées de France. Il y a aussi Aissatou qui échoue à se remémorer le moindre souvenir heureux, Nazaria et son bandana pirate, Naïla qui veut devenir architecte, Paul Turgot qui vient au collège en costard. Ils sont d’origine ivoirienne, indienne ou italienne et ne se souviennent pas avoir vu dans leur entourage un seul « Français de souche ».

 

Pour incarner ces ados qui sont autant de personnages, Olivier Babinet prend le parti d'utiliser une image belle, graphique, très léchée, parfois pop, donnant quasiment des airs de teenagers de série américaine à ses personnages (la profondeur en plus). Des incursions oniriques ou fantastiques s’invitent à certains moments : là, des lapins qui picorent des feuilles dans l’espace vert de la cité, ici une nuée de drones symbolisant la peur de Naïla d’être envahie jusque dans sa tête par ces petits engins.

Si le documentaire est centré sur ces onze personnages, sans n’être à aucun moment caricatural, il ne fait pas abstraction du milieu dans lequel ils vivent, avec des plans, tel des flashs, de guetteurs, de dealers dans leurs voitures, de mecs posés dans les canapés du hall d’immeuble le matin. La confrontation entre le désir très fort de « réussir » de ces jeunes et le déterminisme social dans lequel les a plongés la société française ne s’en fait que plus violente.

Un film à voir donc, où on ne peut s’empêcher de se questionner aussi sur notre position de spectateur parisien qui regarde, de son fauteuil confortable du MK2 Odéon, l’autre côté du périph’.

 

 

 

 

'Swagger', d'Olivier Babinet, en salles depuis le 16 novembre 2016.

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