Monde icon-chevron-right France icon-chevron-right Paris icon-chevron-right Une agrocité des Hauts-de-Seine remplacée par un parking temporaire

Une agrocité des Hauts-de-Seine remplacée par un parking temporaire

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Initiée par l'association AAA (l'Atelier d'Architecture Autogérée) basée dans le 18e à Paris, la stratégie du collectif R-Urban a pour ambition depuis 2009 d'aider les citoyens à modifier leurs comportements urbains en développant des activités résilientes, en combattant à l'échelle de la ville le changement climatique, les différentes crises énergétiques et en apprenant à gérer les ressources que nous possédons. L'Agrocité de Colombes (92) est située entre une zone pavillonnaire et des HLM. Ici, les habitants cultivent, travaillent la terre, recyclent leurs effets personnels, organisent des parcelles maraîchères.

Près de quatre cents personnes œuvrent chaque jour pour faire vivre cet endroit autogéré et créateur d'emplois. Mais la nouvelle équipe municipale veut remplacer l'Agrocité par un parking temporaire. Trois pétitions sont en circulation pour empêcher le démantèlement de la ferme de Colombes. Constantin Petcou, directeur de AAA et coordinateur R-Urban, et Mélanie Boussière du collectif ont accepté de répondre à nos questions. 

Pourriez-vous résumer la spécificité de cette zone de Colombes ?

Mélanie Bouissière : R-Urban est au service des citoyens et œuvre pour améliorer les comportements de chacun dans son environnement. Pour atteindre ce but, nous avons installé deux unités d'activités résilientes entre la zone pavillonnaire et les logements sociaux : une Agrocité et le Recyclab. Plusieurs pôles sont ouverts au grand public. Certaines parcelles appartiennent à des habitants qui peuvent pratiquer une agriculture urbaine. Une quarantaine de parcelles sont tenues par plus de deux cents personnes. Il y a aussi des poulaillers : les œufs sont récupérés, revendus. Une cantine associative a été créée où les gens peuvent se rendre le jeudi. La recyclerie, le Recyclab, a été installée pour travailler la matière au lieu de la gaspiller. Tout est dans une logique pédagogique, ludique et utile : les RepairCafés en sont le bon exemple, les habitants se retrouvent et réparent ce qui peut être sauvé. Nous avons également développé une résidence d'artistes, de designers : du matériel est à leur disposition pour créer du mobilier. Il y a enfin l'école du Compost qui existe pour penser autrement cet outil organique nécessaire à la subsistance des zones maraîchères que nous voulons toujours améliorer. Cette école a même créé des emplois : des formateurs donnent des cours aux membres des mairies et des collectivités. Nous travaillons aussi à la récupération des eaux qui devient une problématique majeure en France.

 

 

 

Malgré cet apport dans le quartier, la Mairie compte mettre un terme à l'aventure ?

Effectivement, un parking temporaire est prévu sur la zone. A l'origine, les unités étaient relocalisables dans le cas où de nouveaux projets apparaîtraient sur le site. Mais en juin 2014, lorsque la municipalité a changé, il nous a été demandé de quitter les lieux. La décision de mettre un parking est paradoxale, étant donné que son fonctionnement devrait durer deux ans. Après ce délai, le terrain sera de nouveau vacant. Nous avons conclu que notre notre Agrocité n'est pas conçue pour faire place à un parking temporaire au vu du nombre d'activités, d'unités de travail cumulées. L'implication des gens est telle que cela serait une véritable déroute pour eux de voir le site disparaître. Certains en ont fait une activité quotidienne, sociale, nécessaire au bien commun. Au collectif, nous avons cartographié les alentours et avons recensé des lieux où le parking pourrait être construit. A force d'appels, de visites à la mairie et de non-réponses, nous avons fait une première pétition, qui a été signée par près de trois mille personnes. Nous espérons qu'à l'orée de la COP21, notre combat va éveiller les consciences...

 

 

 

 

 

 

 

Votre projet a obtenu un retentissement au-delà des frontières...

Constantin Petcou :  Au MoMA à New York, la participation de AAA/R-Urban a été sollicitée dans le cadre de l'exposition 'Uneven Growth: Tactical urbanism for expanding megacities'. A Harvard, nous sommes intervenus dans le cadre d'une série de conférences afin de présenter le projet R-Urban. Enfin à Venise, AAA/R-Urban est intervenu dans le cadre de la biennale d'architecture. De grands noms se sont ralliés à notre combat comme Gilles Clément, Gediminas Urbonas du MIT, Christine Aubry de l'INRA, l'architecte Patrick Bouchain, Pedro Gadanho, commissaire architecture du MoMA de New York, Justin McGuirk, journaliste au Guardian, François Taconet d'Habitat Solidaire... Des universités prestigieuses ont parlé de notre projet dans leurs murs. Notre projet a inspiré d'autres pays d'Europe et même d'autres continents.

 

LE BILAN ECOLOGIQUE DE L'AGROCITÉ ET DU RECYCLAB EN CHIFFRES :

* RÉDUCTION PAR 6 DES ÉMISSIONS DE CO2/AN DES USAGERS DE L'AGROCITÉ
* 24T/AN DE DÉCHETS ORGANIQUES RECYCLÉS
* 50T/AN RÉDUCTION DE CONSOMMATION D'EAU
* 3T/AN DE PRODUCTION LOCALE DE LÉGUMES BIO

Pour en savoir plus, visitez les pages de AAA et R-Urban.

Un débat aura lieu à Colombes ce samedi sur l'avenir de l'Agrocité et sera animé par l'architecte Patrick Bouchain.

 

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