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Une éco-ferme expérimentale à deux heures de Paris, un voyage en permaculture

Écrit par
Zazie Tavitian
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A deux heures de Paris, la jolie ferme normande du Bec Hellouin propose une agriculture bien différente des modèles habituels.

Premier vendredi du mois de juin, aucune place pour se garer dans le petit village normand du Bec Hellouin. Certes le lieu est joli, classé parmi les plus beaux villages de France, mais les gens présents ce jour-là ne sont pas de simples touristes, ils sont venus pour visiter, quelques kilomètres plus loin, la ferme du Bec Hellouin, modèle vertueux de permaculture.

Qu’est-ce que la permaculture, vous demandez-vous certainement ? Une forme d’agriculture qui s’inspire du fonctionnement spontané de la nature, qui va totalement à l’encontre de l’agriculture intensive. Pas de pesticides, du travail à la main sur des petits terrains, des solutions qui s’inspirent de modèles de culture ancestraux de partout dans le monde. Et vu les rendements de la ferme du Bec Hellouin, il semblerait bien que ce modèle fonctionne…

« Il est d’usage dans le monde agricole d’opposer respect de l’environnement et productivité, comme si la nature n’était pas productive ! »

Le public est assez varié : des familles avec leurs enfants, des retraités, des Parisiens qui veulent « expliquer à leur maraîcher comment il est possible de cultiver autant sur aussi peu de terrain », un couple de jeunes Allemands avec leur bébé et des agriculteurs, beaucoup d’agriculteurs qui veulent comprendre comment fonctionne ce système qui semble pour eux plutôt relever de l’utopie.

Le lieu est magnifique, tout vert, avec des arbres, fleurs et plantes de toutes sortes, un terrain vallonné, des maisons aux toits de chaume et une rivière à côté de laquelle un âne se promène. On est loin des prés aseptisés : ici la nature est partout, anarchique et luxuriante.

« Nous ne sommes pas la ferme parfaite, on reste humains. »

A raison de 14 € par personne et par groupe de 50 (plus Disneyland que balade bucolique), la visite se fait avec Fred. Ce formateur nous raconte tout d’abord la success story de Perrine et Charles Hervé Gruyer, les créateurs du lieu. Elle, juriste internationale, et lui, marin voyageant à travers le monde avec des enfants défavorisés, décident de s’installer avec leur famille pour créer un environnement autosuffisant.

Au départ, le terrain ne possède pas beaucoup d'atouts : un poulailler, une prairie avec quelques vieux pommiers, une terre pas spécialement fertile, voire hostile. Le couple va essuyer beaucoup d’échecs, il va aussi beaucoup lire, voyager, se documenter pour enfin se mettre à la permaculture en 2008. Leur aventure sera finalement couronnée de succès avec une petite surface de production rentable : « Mais nous ne sommes pas la ferme parfaite, on reste humains », précise Fred.

La balade continue à travers la (petite) ferme (l’année dernière seulement 7 500 mètres carrés ont été cultivés, cette année ce sera encore moins soit 4 500 mètres carrés). Un des concepts forts au cœur du projet est celui d’une « nature résiliente ». Un élément doit avoir également plusieurs fonctions : « La poule par exemple produit du compost, elle mange aussi les insectes ce qui assainit, elle pond des œufs et enfin fournit de la viande », explique Fred.

La Forêt-Jardin ©ZT

Plusieurs systèmes différents sont mis en place dans la vallée comme celui de forêt-jardin qui s'inspire de ceux des régions tropicales d'Afrique et d'Asie pratiqués par les peuples autochtones. Soit un système en trois strates de végétation (gros arbres, arbrisseaux, légumes vivaces et plantes aromatiques). Système autonome qui ne demande ni arrosage ni travail manuel tout en occupant peu d’espace.

Parmi les autres techniques de permaculture présentées, la culture sur buttes, les îles jardins, le jardin mandala ou encore la serre centrale, dans laquelle un poulailler est installé permettant de la réchauffer naturellement grâce aux poules, également chasseuses naturelles de limaces.

Ici, les animaux sont partout, car cette forme de culture permet aussi de recréer de la biodiversité : « Nous avons des variétés d’oiseaux incroyables, plus que dans la majorité de la Normandie », précise Fred.

La serre ©ZT

Un terrain d’étude et d’apprentissage.

Les agronomes se sont eux d’ailleurs assez vite intéressés à cette ferme. Une étude menée par des chercheurs éminents (Inra, AgroParisTech, etc.) a été lancée fin 2011. Pendant trois ans et sur une surface de 1000 mètres carrés, les chercheurs ont étudié ce qui était produit et vendu en évaluant aussi les heures de travail que cela impliquait. Le chiffre d’affaires dégagé a été estimé à 32 000 € pour 1 400 heures de travail la première année, et a augmenté les années suivantes. De quoi faire des envieux dans l’agriculture plus traditionnelle où l'on atteint des rendements certes identiques mais avec des terrains beaucoup plus grands.

La ferme est aussi devenue un centre de formation, avec plus de 1 000 personnes formées l’année dernière et de nombreuses formations proposées de la « conception en permaculture » à « l’initiation à la faux » en passant par « la reconnaissance et cuisine des plantes sauvages ».

La source de revenus vient aussi bien sûr de ce qui est produit sur place, avec 60 paniers (entre 10 et 20 €) distribués par semaine et aussi des produits vendus à des chefs comme Alain Ducasse.
Enfin, la petite ferme possède sa propre boutique où sont vendus des fruits et des produits transformés comme du cidre artisanal, des compotes pommes-noisettes ou des confitures de butternut.

Mais avant tout, ce lieu nous amène surtout à penser une nouvelle façon de cultiver la terre et de se nourrir car comme le rappellent Perrine et Hervé Gruyer dans leur passionnant livre 'Permaculture' : « Aujourd’hui, 842 millions d’humains souffrent de la faim, (...) le défi alimentaire dépasse donc les frontières du monde paysan et concerne chacun d’entre nous. »

Pour en savoir plus :

'Permaculture : guérir la terre, nourrir les hommes', Perrine et Charles Hervé-Gruyer, Domaine du possible, éditions Acte Sud, 22,80 €.

Le site du Bec Hellouin : www.fermedubec.com

Visite tous les premiers vendredis du mois à partir de 14h, 14 €.

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