Moïse : Figures d'un prophète

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Moïse : Figures d'un prophète
Amiens, Musée de Picardie © Musée de Picardie / Marc Jeanneteau

Le musée d’Art et d’Histoire du Judaïsme s’intéresse aux différentes figures du prophète avec quelque 150 œuvres, de l’Antiquité à nos jours.

« Tu ne te feras pas d’idole, ni aucune image de ce qui est dans les cieux en haut, ou de ce qui est sur la terre en bas, ou de ce qui est dans les eaux sous la terre. » Si le Divin souffle, au prophète Moïse, ce commandement du décalogue (code moral et rituel du peuple juif) interdisant la représentation, comment expliquer que Moïse figure pourtant comme un personnage majeur de l’iconographie juive et chrétienne en Occident ? Et d’ailleurs, qui ignore les grandes lignes de la vie de Moïse ? Le cinéma, encore en 2014 avec le long métrage de Ridley Scott 'Exodus: Gods and Kings', a souvent relayé son histoire. Dans un film à succès et gros budget, 'Les Dix Commandements', le réalisateur Cecil B. DeMille décrit les épisodes de l’Exode avec un personnage plus romanesque que spirituel. La vie de Moïse imprègne tant la culture populaire que chacun croit le connaître. Qu’en est-il vraiment ?

L’exposition 'Moïse, figures d’un prophète' propose un méticuleux travail de recherche, dense, à la fois chronologique et thématique, mené par les commissaires Anne-Hélène Hoog, Matthieu Somon, Matthieu Léglise et la conseillère scientifique Sonia Fellous.

Dans la symbolique du prophète, la découverte de la synagogue de Doura Europos en Syrie en 1932, longtemps enterrée sous le sable, change le sens de l’histoire : sur ses murs sont exposées - toutes religions confondues - les premières scènes d’épisodes bibliques. A juste titre, l’exposition commence par des photographies prises dans la synagogue avec des épisodes de la vie de Moïse. Jusqu’alors, les experts ignoraient que les chrétiens puisaient leur répertoire dans l’iconographie juive originelle. Ils privilégient, par la suite, certains épisodes de la Bible plus que d’autres. Ce va et vient entre le monde chrétien et le monde juif génère une multitude d’images du prophète : chef élu (par les hommes politiques ou le Pape), libérateur (des protestants) ou grand émancipateur (du mouvement sioniste avec Theodor Herzl au mouvement des Noirs américains avec Martin Luther King), ces figures guident le parcours de l’exposition. Impossible de comprendre ces dialogues interreligieux sans se plonger dans les grandes étapes de la vie de Moïse (le don de la Loi, le Frappement du rocher, la récolte de la Manne, l’adoration du Veau d’or, le Serpent d’airain ou le Buisson ardent). Face à l’essor de l’imprimerie et des traducteurs de la Bible, la figuration du prophète (différente selon les cultes) se veut plus présente au XVIe siècle. Moïse devient alors un sujet de peinture dans les toiles de Nicolas Poussin, Philippe Champaigne ou une tapisserie d’Aubusson tissée d’après le peintre protestant Sébastien Bourdon (une rareté). Le judaïsme choisit, plutôt que la peinture et pendant la Renaissance, d’incarner le prophète dans des livres ou objets de culte.

L’image de Moïse met en évidence les divergences de la traduction : d’après La Vulgate de Saint Jérôme, le prophète porte des cornes (une fois descendu du mont Sinaï) alors que la Bible des Septante le décrit entouré de rayons lumineux. L’exposition souligne cette quête, par les Humanistes et chrétiens hébraïsants, de l’hebraica veritas (La vérité hébraïque), avec des artistes comme l’ancien élève de l’école Bezabel, Reuven Rubin (son Moise, nu dans le désert, porte ses traits) ou, un travail plus méconnu, les gravures issues de la Bible de Marc Chagall. Ces diverses figurations du prophète montrent que les artistes (Gustave Moreau, Paul Cezanne, Alfred de Vigny, Michel-Ange) s’approprient la figure de Moise, témoin de l’Invisible puisqu’Il voit « au-delà » et n’est pourtant qu’un homme - qui plus est bègue. L’errance de Michelangelo Antonioni et son échange silencieux avec la sculpture de Moïse par Michel-Ange, présentée en fin de parcours, témoigne du plus bouleversant rapport de l’artiste avec l’image du prophète.

Par Bélinda Saligot

Publié :

Téléphone de l'événement 01.53.01.86.60
Site Web de l'événement http://www.mahj.org
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