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Interview • Garbage

Rencontre avec la chanteuse chamanique Shirley Manson

© BC

Un premier album éponyme vendu à plus de 4 millions d'exemplaires, des tubes qui ont squatté le top des charts anglais et américains, un générique de 'James Bond'... Garbage est sans conteste un pur produit des années 1990, appartenant à la génération MTV à l'époque où la chaîne versait encore dans la musique. Mené par la charismatique chanteuse Shirley Manson et le prolifique batteur et producteur Butch Vig (il a notamment produit le 'Nevermind' de Nirvana), le groupe déferle sur la fin de la vague grunge. Précurseur grâce à un style pop-rock à la texture garage et l'utilisation précoce de sons électroniques, Garbage aborde le nouveau millénaire avec un passage à vide qui aboutira sur la séparation du groupe en 2005. De retour en studio en 2010, Shirley et ses drôles de gars savourent leur maturité en 2012 avec un nouvel album, 'Not Your Kind Of People', et une tournée mondiale. La jolie écossaise Shirley Manson nous a reçues dans sa loge après leur concert au Zénith de Paris pour nous livrer ses impressions à chaud. Echange avec une rockeuse au grand cœur. Time Out Paris : Vous avez démarré une tournée en mai pour votre nouvel album, et déjà joué à Paris, à l'Olympia. Comment avez-vous vécu le retour sur scène et comment vous êtes-vous sentis ce soir (le 22 novembre 2012, ndlr), ici au Zénith, comparé à l'Olympia ? 

Shirley Manson : De toute évidence ce sont deux lieux très différents. L'Olympia est une salle mythique, toutes les fois où nous y avons joué étaient magiques. Mais nous sommes liés de façon très particulière au Zénith, puisque c'est là que nous avons donné l'un de nos premiers gros concerts en tant que groupe. C'était la première fois de notre carrière que nous nous retrouvions sur scène en face d'un public aussi nombreux. Et puis nous nous entendons très bien avec nos promoteurs français, qui sont avec nous depuis le début. Comme je suis une francophile, obsédée par tout ce qui est français, je suis venue ici en vacances il y a quelques années, avant que le groupe ne se reforme. J'ai vu Laurent, notre promoteur, et quand il m'a demandé de quoi j'avais envie, je lui ai dit que je voulais jouer à Paris encore une fois dans ma vie. Il m'a répondu : « Ca peut s'arranger. » Du coup, comme on avait parlé du Zénith à ce moment-là, le concert de ce soir était très spécial, très émouvant.

Pouvez-vous nous parler de votre nouvel album, 'Not Your Kind Of People' ? Quelle est l'évolution par rapport aux précédents ? 

C'est une grande question. Je pense que cet album est celui d'un groupe qui assume enfin ses ambitions, et de musiciens qui s'assument en tant que tels. Voilà comment je le décrirais.

Pourquoi le groupe s'est-il séparé pendant quelques années (de 2005 à 2012, ndlr) ?

Pour plusieurs raisons, principalement parce que nous avions compris que le marché de la musique avait radicalement changé, et aussi parce que nous avions été en tournée pendant si longtemps que nous avions oublié qui nous étions et ce que nous voulions. Notre passion s'est estompée du fait de la pression économique qu'on subissait. Et tout ça nous a un peu déprimés, à dire vrai. Ca nous a mis un gros coup au moral et je pense qu'il nous a fallu beaucoup de temps pour arriver à revenir à ce pourquoi on aimait faire de la musique, et à saisir quels étaient vraiment nos rôles. 

Vous avez eu des projets personnels entre-temps ? 

Oui bien sûr. Butch Vig, évidemment, a une grande carrière dans la production, donc il a collaboré aux albums d'Against Me, de Green Day, des Foo Fighters... Tout un tas de grands disques. Moi j'ai joué un robot dans une série télé pendant un an/un an et demi ('Terminator : the Sarah Connors Chronicle', ndlr), c'était vraiment génial. J'ai fait pas mal de musique avec des artistes différents mais rien qui ne me ressemble vraiment. Garbage reste l'amour de ma vie, donc... Je pense qu'on attendait tous le point où l'on serait de nouveau prêts à recommencer ; ça a pris plus de temps qu'on ne le pensait.

Vous êtes l'un des premiers groupes de rock à avoir intégré des sons électroniques à votre musique. Etes-vous toujours influencés par la musique électronique ?

On adore la musique électronique. Le problème c'est qu'on s'est sentis piégés par la façon dont les gens nous voyaient et par ce qu'ils attendaient de nous. Bizarrement ça nous a beaucoup frustrés, alors que deux des membres du groupe ont carrément étudié la musique électronique à l'université. Ca fait partie de la vie de notre groupe, mais nous avons eu le sentiment que la phase de production de nos deux premiers albums avait pris le pas sur notre capacité à toucher les gens. Et au final toucher les gens c'est ce à quoi l'on aspire en tant que musiciens. Partager un bout de notre existence avec d'autres êtres humains. C'est une question épineuse, mais pour résumer nous avons voulu mettre l'aspect électronique de côté pendant un moment. Par contre pour notre prochain album nous voulons revenir à quelque chose de plus « produit ».

Vous pensez que l'analogique est plus à même de faire passer des émotions ?

Non, mais on avait l'impression qu'on ne parlait que de la production alors qu'on devrait parler des émotions provoquées par la musique, qu'elle soit électronique ou pas.

Un dernier mot pour vos fans français ? 

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