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Rencontre avec Rødhåd

A l'occasion du Weather Festival, on a interviewé l'artiste Rødhåd

Matthias Wehofsky

Pour lui, tout est allé très vite. En quelques années, Rødhåd est passé de DJ techno très confidentiel officiant à Berlin à artiste mondialement connu. Le point de départ ? Ses sets du dimanche au Berghain, souvent étalés sur de longues heures, dans lesquels l’homme varie les genres, allant de l'ambient à la dub-techno. Aujourd’hui, il est notamment à la tête du label Dystopian (à l’origine des sorties de Ø [Phase], Vril ou Alex Do), enchaîne les prods, chose qu’il ne faisait pas à ses débuts, et squatte le haut des classements Resident Advisor. Surtout, Rødhåd est un marathonien. Capable de jouer jusqu’à quinze fois en un mois, ses sets mêlent puissance et mélancolie dans un style très personnel, lui permettant d’atteindre une popularité auprès du public et une reconnaissance de la critique. Il est de retour en France pour le Weather Festival. L’occasion de le rencontrer et de lui poser quelques questions sur son évolution et la vision qu’il se fait de sa propre musique.

Comment es-tu arrivé dans la musique électronique ? J’ai cru comprendre que comme beaucoup, tout a commencé avec la découverte de Kraftwerk. Puis à 15 ans, tu achètes tes premières platines…

Mes parents et notamment mon père m’ont beaucoup influencé. Je me rappelle que la première fois où j’ai écouté Kraftwerk, c’était avec lui. Ensuite, bien entendu, j’ai été très influencé par l’univers sonore de l’est de Berlin, là où j’ai grandi, et ça a accru considérablement mon intérêt pour la musique électronique. Avant ça, j’écoutais un peu de tout.

Ensuite oui, j’ai acheté mes premières platines. Tous les jours, je m’entraînais dans le seul but de devenir aussi bon que les DJ que je voyais évoluer dans les clubs à cette période. C’est pourquoi j’ai passé des heures et des heures à mixer pour y arriver. Ce fut une période très intense.

Parle-nous des premières raves que tu as organisées.

Je n’organisais pas professionnellement des raves, c’était plutôt des teufs entre moi et mes potes. C’était la première fois où je pouvais jouer ma musique de façon aussi puissante. A la fin, j’ai commencé à jouer pour mes potes intimes et leurs amis mais rien à voir avec les raves énormes qu’on pouvait avoir à Berlin à cette époque.

Alors que tu n’as jamais sorti le moindre EP, tu te fais remarquer par le programmateur du Berghain. Comment ça s’est fait ? Raconte-nous un peu tes premières expériences dans ce club.

Je suis allé régulièrement au Berghain pendant des années, comme invité. Au bout d’un certain temps, je connaissais bien les personnes qui y bossaient. Un jour, elles m’ont offert la possibilité de faire une date là-bas et, encore aujourd’hui, je leur en suis grandement reconnaissant. En tant que raver et DJ, il y a dans cet endroit exactement tout ce dont je pouvais rêver. Et après mon premier gig au Berghain, je me suis dit : « Ok j’ai fait tout ce que je voulais faire, je peux mourir tranquille maintenant… » Je n’avais jamais imaginé que ça serait le début de tout.

Aujourd’hui tu fais partie « des stars » de la techno. As-tu l’impression que ce mouvement est encore underground ? Je veux dire, des milliers de gens dans le monde vont à des festivals. Et puis il y a la démocratisation des sons avec Internet. 

Pour moi, le mot underground a beaucoup de significations différentes, je ne suis pas sûr que ce soit encore le terme adéquat aujourd’hui. Bien entendu, tout est devenu public. Bien entendu, ce n’est généralement plus vraiment une musique secrète, un courant dissimulé. Mais d’un autre côté, si de plus en plus de gens ont la chance de découvrir de nouvelles perspectives musicales avec la techno, ce n’est pas plus mal, non ? 

Après les Nuits Sonores, tu reviens au Weather Festival. Tu penses quoi de la scène techno française, du public ?

I love it. Je suis french techno.

ll y a des artistes que tu affectionnes particulièrement au Weather Festival ?

Ce qui est agréable avec la globalisation du mouvement techno en ce moment, c’est que, en tant qu’artiste ou visiteur, on fait partie d’une grande famille. Partout où je vais, je croise des amis ou des collègues. Et ce, particulièrement au Weather Festival où il y a beaucoup d’artistes que j’apprécie énormément. C’est très agréable pour moi et c’est un grand plaisir d’y jouer une nouvelle fois.

On t’a plutôt connu comme DJ dans des clubs avec de très longs sets. Désormais tu enchaînes beaucoup de festivals. Quel format préfères-tu ?

J’aime tous les événements auxquels je participe. Les situations sont différentes, l’énergie aussi. Après, comme tu le soulignes, j’ai une préférence pour les sets très longs, je peux véritablement emmener les gens là où je le souhaite.

Tu décrirais tes sets comment ? Tu es très éclectique finalement, on ne sait jamais vraiment à quoi s’attendre avec toi.

J’ai encore besoin aujourd’hui de me canaliser dans mes choix créatifs. Et quand c’est le cas, je dirais que mes sets sont hypnotiques et groove à la fois.

Ca ne te manque pas de faire des sets d’ambient et de drone, un peu comme au début ?

Si complètement. Et j’aimerais beaucoup avoir la possibilité d’en jouer plus souvent. 

Tu as l’impression d’être arrivé là où tu voulais en ce qui concerne la production ?

Non, j’y travaille toujours. Je ne suis jamais dans une situation où je me dis : « Là, c’est parfait. »

Sur le site XLR8R, tu annonçais travailler sur ton premier LP. Tu en es où ?

(Rires) Question suivante.

Il y a toujours beaucoup de mélancolie dans ta musique. Ca te vient d’où ?

Eh bien, je viens de la banlieue berlinoise. Je pense que c’est dans mon ADN. 

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