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Réseau Action Climat nous parle de la COP21

Quatre questions à Célia Gautier, responsable des politiques européennes de Réseau Action Climat France

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Quelles différences entre cette COP et les précédentes ? 

La COP21 revêt une importance particulière par rapport aux autres conférences de l'Onu sur le climat, car elle doit voir la signature du premier accord universel sur le réchauffement climatique.

La principale différence entre cette COP et les précédentes, c'est que les choses commencent à bouger dans presque tous les pays : les énergies renouvelables (solaire, éolien, biomasse, etc.) se développent partout et deviennent de plus en plus compétitives. Les citoyens et les collectivités territoriales n'ont pas attendu pour agir et ont déjà mis en place des solutions sur le terrain. Et ça marche : transports en commun, rénovation des bâtiments, ateliers vélo, jardins partagés, coopératives de production d'énergie éolienne, etc. Il faut désormais accélérer le développement de ces solutions citoyennes. Cette accélération viendra surtout des gouvernements nationaux, ceux qui aujourd'hui tardent encore à agir.

C'est l'autre grande différence avec la COP15 de Copenhague (2009) : la société civile n'attend plus que la Conférence climat de l'Onu règle tous les problèmes. La COP21, ce n'est pas la fin de nos mobilisations. C'est le début d'un changement profond de nos sociétés. 

La ville de Paris se réjouit des retombées médiatiques et économiques de l’événement. Est-ce cynique de calculer les émissions supplémentaires de CO2 que cela va engendrer ?

Il est essentiel d'atténuer au maximum l'impact des COP, notamment en ce qui concerne les émissions de CO2. C'est notamment la responsabilité du pays qui accueille la COP, donc la France. Il faut être capable de fournir aux participants des transports en commun performants, une alimentation biologique, locale et de saison. Il est également fort dommage que la seule coopérative d'énergie 100 % renouvelable en France, Enercoop, ait été recalée par le gouvernement pour fournir l'électricité au site du Bourget. Elle aurait pu participer à rendre la COP21 plus propre. 

Les co-financeurs de la COP 21 sont critiqués pour leur démarche de « greenwashing ». N’est-ce pas une manière incontournable d’impliquer ces grands groupes dans la transition énergétique ?

Les sponsors de la COP21 (notamment EDF et Engie - ex GDF-Suez) investissent aujourd'hui dans les causes de la crise climatique, pas dans les solutions. En particulier, ils possèdent des centrales au charbon à l'étranger, émettant autant de gaz à effet de serre que près de la moitié des émissions de CO2 des Français ! Aujourd'hui, Engie produit 95 % de son énergie dans le monde non pas à partir des énergies renouvelables mais à partir d'énergies sales et risquées. Le gouvernement n'a donc pas choisi les champions de la transition énergétique. Si ces entreprises ne changent pas radicalement leurs pratiques avant la COP21, alors elles n'ont aucune raison d'être sponsors de l'événement. Ce serait du greenwashing fait avec la complicité du gouvernement. 

L’opinion publique est largement favorable au développement de technologies moins polluantes. La COP21 est-elle à la hauteur de cette prise de conscience des dangers du dérèglement climatique ?

92 % des Français soutiennent le développement des énergies renouvelables dans notre pays. Et pourtant, les négociations internationales avant la COP21 continuent d'éviter les vraies questions, notamment : quelle énergie devons-nous utiliser pour éviter un dérèglement profond du climat ? Symptôme de cela, le projet d'accord mondial pour la COP21 ne mentionne pas une seule fois le terme « énergie », et encore moins ceux de « pétrole » ou d'« énergie renouvelable ». Les lobbies des énergies fossiles sont encore très puissants et largement subventionnés par les Etats. En effet, les budgets publics accordent chaque année environ 600 milliards de dollars de subventions aux énergies polluantes.

Pour changer cela, le gouvernement français peut agir à son niveau. Le Réseau Action Climat a formulé cinq demandes simples que la France peut mettre en place pour se montrer exemplaire, notamment en multipliant par deux le rythme de développement de l'énergie éolienne ou solaire.

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