Resisting the Present : Mexico 2000-2012

Recommandé
  • 4 sur 5 étoiles
0 J'aime
Epingler
Resisting the Present : Mexico 2000-2012
/ Courtesy Canana Producciones et Tamasa Distribution
Carlos Reygadas, 'Este es mi reino, revolucion', 2010

L’année du Mexique avait été avortée en 2011, triste déconfiture pour une incompréhension diplomatique. Pourtant, et malgré tout, une cinquantaine d’œuvres a réussi à se frayer un chemin jusqu’au musée d’Art moderne. Vidéos, photos, dessins, films, installations, l’exposition ‘Resisting the Present : Mexico 2000-2012’ abolit les frontières entre les genres pour offrir au public parisien un aperçu transdisciplinaire de la jeune garde artistique mexicaine.

Si la génération précédente avait fini, dans les années 1990, de crédibiliser son art en l’inscrivant parmi les courants alternatifs les plus foisonnants de la fin du siècle dernier, les vingt-quatre artistes qui s'exposent aujourd'hui sont les témoins d’un autre temps. Ils portent les rêves et les désillusions d’une autre jeunesse.

Le Mexique a connu ces vingt dernières années de profondes mutations, il est désormais plongé au cœur de la culture globale. Confronté aux mêmes instabilités que les autres acteurs de cette mondialisation, il doit pourtant également faire face à ses propres failles. L’art contemporain dessine alors, en reflet, les nouvelles inquiétudes de la société mexicaine, il peint un climat pesant, troublé, mais déterminé à résister.

Les artistes représentés ici ont ainsi choisi de faire face à ces fêlures nationales. Que leur activisme soit poétique, politique, qu’il détourne avec humour, contemplation, gravité ou absurdité les grandes préoccupations du pays – et entre la guerre des narcos, le taux de criminalité, la corruption, les questions d’identité ou d’immigration, ils ont le choix –, il témoigne à chaque fois d’une prise en compte extrêmement sensible et réfléchie de leur environnement quotidien.

L'exposition fait la part belle à la vidéo. Le court métrage de Nicolas Pereda, qui balance entre réalité et fiction, explore ainsi les thèmes de la mort, de la superstition, des croyances et de l'imaginaire enfantin. Carlos Reygadas, lui, choisit de filmer un match de football féminin. Ces 90 minutes exaltent le paysage dans lequel se déroule la rencontre sportive et questionne, au sein d'une atmosphère douce et irréelle, la place de la femme dans la société mexicaine.

Une partie des travaux choisis par le musée d'Art moderne s'oriente vers un style réellement documentaire. Ainsi le film de Natalia Almada, 'Le Veilleur de nuit', présente le quotidien d'un gardien de mausolée au cœur d'un cimetière ou viennent s'enterrer les narco-trafiquants tombés trop jeunes et trop riches. En face, dans une toute petite pièce plongée dans la pénombre, Gianfranco Rosi livre l'interview d'un tueur à gage, fugitif au moment où la caméra recueille ses mots, qui revient sur son parcours pour une confession extrêmement déstabilisante.

Pour parler du Parti révolutionnaire institutionnel qui a gouverné le pays pendant soixante ans, de son fonctionnement et de son impact sur la société, Diego Berruecos choisit, lui, l'approche photographique. Sans commentaire, sans texte, les images dévoilent bien plus que les mots. Autre travail remarquable autour de la photo, l'installation d'Ilan Lieberman présente une centaine de dessins réalisés à partir des annonces publiées par des parents d'enfants disparus. Les unes à côté des autres, ces fiches signalétiques en forme d'hommage créent un sentiment de malaise, à la hauteur sûrement de l'ampleur du phénomène.

Les dessins de Bayrol Jimenez, qui débordent des murs entre surréalisme, chaos et détournement médiatique, en disent également long sur la guerre des narcos ou sur les relations ambigües entre Etats-Unis et Mexique. Des rapports complexes, violents parfois, concrétisés par cette frontière qui semble hanter Minerva Cuevas dans l'installation 'Rio Bravo Crossing'.

L'exposition, ponctuée par les dessins de Jodorowsky, incroyable doyen de cette sélection, et introduite par les inquiétants cerfs-volants d'Arturo Hernandez Alcazar, peut parfois, et certainement d'autant plus vu de l'Hexagone, paraître bien vaine ou naïve, mais il est bon de constater que l'art a encore cette fonction, qu'il essaye encore de dénoncer, de taper fort et à l'endroit exact où les choses font mal. Se battre contre des moulins à vent, peut-être, mais se battre quand même.

Par Amélie Weill

LiveReviews|0
1 person listening