Wu-Wei

Danse
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En cette chaude soirée d’été, la scène de la Grande Halle de la Villette invite au voyage. La faute certainement à cette pelouse trapézoïdale, ode aux pique-niques et aux rictus de joie qui s’en échappent. Assis en ronde, onze acrobates chinois claquent des doigts, frappent des mains et rient ensemble de leurs jeux. Dans ce décor minimaliste, on ne voit qu’eux, et leur présence quasi-picturale offre à la scénographie une poésie chère aux deux créateurs.

Puis, tout s’enchaîne, les musiciens du Balkan Baroque Band, installés à jardin et à hauteur des danseurs, se mettent au diapason et "L’Hiver" des ‘Quatre Saisons’ de Vivaldi rugit dans l’air. Le mouvement des cordes libérant des course-poursuites sur le plateau. Un jeu de cache-cache plein de fougue, des diagonales dévalées à toute allure. De la musique classique sur scène : Yoann Bourgeois et Marie Fonte n’en sont pas à leur premier coup d’essai. Après avoir invité Bach dans leur superbe ‘L’Art de la fugue’, ils convoquent aujourd’hui la structure cyclique de Vivaldi. Point d’ancrage pour parler du temps, des temps.

Au cœur du projet, le concept taoïste « wu-wei » domine. L’idée de laisser les choses se faire, de traverser des suspensions, des accélérations, sans immobilisme mais dans une écoute profonde du corps, et de ses états. En Chine, on ne parle pas d’un temps absolu et abstrait, mais de temps au pluriel, nous raconte une douce voix-off. Imprégné par cette philosophie, traversé par les saisons, ‘Wu-Wei’ offre ainsi une multitude de fenêtres ouvertes sur l’Empire du Milieu. Des saynètes jouées ou dansées qui racontent la ville de Dalian (dont les onze sont originaires), l’histoire du pays, de la Cité interdite jusqu’à Tian’anmen, mais surtout des individualités, le rire gênant de Qu Aiguo, les trente ans de Lili Cheng… Des anecdotes personnelles racontées avec poésie et fragilité qui mériteront bien plus que des applaudissements discrets.

Par Elsa Pereira

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