Pitchfork 2014 / Jour 2 : Belle And Sebastian, St Vincent, Chvrches, Son Lux, D.D Dumbo...

Musique, Rock et rock indé
0 J'aime
Epingler
Pitchfork 2014 / Jour 2 : Belle And Sebastian, St Vincent, Chvrches, Son Lux, D.D Dumbo...
© Colin McLaughlin

Pour sa deuxième soirée, le Pitchfork festival a sorti de son chapeau quelques têtes d'affiche qui ne manquent pas de chien. A commencer par les cabots Ecossais de Belle & Sebastian, bien sûr, ainsi que leurs compatriotes de Chvrches, groupe d'indie dance en vogue proche du mouvement scandipop de la Danoise de Mø. En leur compagnie sous la Grande Halle de la Villette, les jeunes Américains de Son Lux, D.D Dumbo ainsi que leurs compatriotes de Future Islands et de Perfect Pussy formeront ce plateau pop des plus complets.

Après s'être lancé dans la réalisation d'un film, Stuart Murdoch revient enfin à ce qu'il sait faire de mieux, à savoir des chansons. Fini donc l'escape 'God Help The Girl', Belle and Sebastian est aujourd'hui déjà reparti en studio, comme en atteste une vidéo postée par le groupe phare de Glasgow il y a à peine plus d'un mois et à partir de laquelle, pour le moment, aucune déduction n'est vraiment possible. Seul indice à cette heure, la très mystérieuse tirade du compositeur concernant l'orientation musicale du prochain album, inspiré selon ses dires par le concours de l'Eurovision, pour ce qui commence à ressembler à une version moderne de 'The Turtles Present the Battle of the Bands', concept-album sorti en 1968 par les auteurs de "Happy Together". Les chansons issues de cette collaboration avec Ben H. Allen (qui a déjà produit Animal Collective, Youth Lagoon ou encore Washed Out) sonneront donc comme les morceaux candidats pour la grande compétition européenne de Chypre en 1974 et de l'Allemagne en 1989, ce qui peut à la fois inquiéter, à la fois susciter l'intérêt de tous ceux se fiant à la qualité d'écriture d'un groupe ayant sorti des chefs-d'œuvre comme "Funny Little Frog", "Step Into My Office" ou "I Want The World To Stop". Outre les trop rares passages du groupe sur Paris ces dernières années, la mystérieuse déclaration ne peut que donner envie d'aller redécouvrir la bande écossaise sur scène.

Aux côtés des fous écossais, St. Vincent est la dernière chapelle à laquelle il fait bon se vouer. Après trois albums réussis passés injustement inaperçus (du moins en France), ainsi qu'une collaboration décevante avec David Byrne, le tout dernier éponyme sorti en février dernier par Annie E. Clarck n'a cette fois-ci pas raté le coche. Artiste accomplie capable de concilier Bowie aux Polyphonic Sprees (groupe dont elle fut membre), compositeur samplée par Kid Cudi, Clarck a su se créer, entre 'Strange Mercy' sorti en 2011 et le dernier 'St Vincent', un personnage marquant, scéniquement impressionnant, au son et à la voix reconnaissable entre mille. Mais plus encore que par des petits détails qui font certes toute l'épaisseur de son personnage, la chanteuse a avant tout su composer un album doté de morceaux bluffants, à classer entre Genesis, Bowie et Beyoncé. Guitariste extraordinaire aux performances lives parfaitement chorégraphiées, St Vincent aligne sur son dernier album quatre morceaux capables d'accrocher immédiatement l'oreille, de "Rattlesnake" à "Digital Witness" en passant par "Regret" et "Huey Newton". Ce qui, cumulé à des prestations récompensées du Smithsonian's American Ingenuity Awards, donne des concerts parmi les plus impressionnants du moment, captivants non pas du fait d'une débauche de moyen, d'une avalanche de lumières ou de pyrotechnie, mais au contraire par une mise en scène simple, intelligente et ambitieuse. Certainement le concert le plus attendu du festival.

A l'image de Manchester, Glasgow fait partie de ces indescriptibles Mecque de la musique où la qualité et le nombre de groupes locaux n'a d'égal que le peu d'attrait que peu présenter la ville au reste du monde. Une fois de plus donc, Chrvches, dernière pépite de la dancepop en vogue en Angleterre vient précisément de la ville du sud de l'Ecosse. Mélangeant une esthétique "scandipop" héritée de MØ ou de Robyn à la néo-synthpop anglaise d'AlunaGeorge, le trio composé de Iain Cook, Martin Doherty et Lauren Mauberry a réussi à percer après un coup marketing de maître, à savoir placer leur morceau en téléchargement gratuit sur le blog du label Neon Gold. Depuis, les amateurs de Passion Pit, Purity Ring ou de M83 s'arrachent le jeune groupe et leur premier album 'The Bones of What You Believe', également réminiscent des vieilles spécialités locales comme les Cocteau Twins. Désigné single de l'année par le très influent blog Popjustice, la chanson 'The Mother We Share', utilisé cette année comme hymne des jeux du Commonwealth, devint le cinquième single extrait du premier album de Chvrches présent dans une production télévisuelle ou vidéoludique. Un album rempli de plus de tubes qu'un laboratoire d'analyses.

Une autre machine à tubes se cache derrière le pseudonyme de Son Lux, compositeur d'une musique envoûtante, délicieusement électronique et mélodique. À mi-chemin entre un hip-hop déstructuré et une pop vaporeuse, Ryan Lott s'est fait un nom en proposant, outre ses collaborations multiples, un projet à cheval entre la musique de chambre, le hip-hop, le post-rock et les musiques électroniques, ainsi qu'en se faisant adouber par Sufjan Stevens et Serengeti, qui partagent en sa compagnie l'affiche du groupe Sisyphus. Non content de cette collaboration prestigieuse, Lott a également travaillé avec, entre autres, Peter Silberman des Antlers ou Pichard Parry d'Arcade Fire. Mais son succès, cette année, il l'obtient malgré tout grâce à sa propre production, "Easy", magnifique morceau extrait de son dernier album 'Lanterns', porté par les habituels arrangements de cuivres et d'instruments à vent auxquels ce jeune artiste nous a habitués. Un album avec lequel Lott viendra illuminer votre soirée.

Dernier nom de cette soirée éléphantesque, D.D Dumbo fera ses grands débuts en France sur la scène de la Grande Halle de la Villette. A mi-chemin entre Son Lux et Bon Iver, le jeune vagabond australien ne s'ennuie pas de matériel inutile, ne tournant armé de rien de plus que de sa douze-cordes et de quelques pédales lui permettant de réaliser les boucles avec lesquelles il s'accompagne. Malgré une apparente incapacité à tenir en place, D.D Dumbo a tout de même trouvé un peu de stabilité du côté du label 4AD, maison de disques connue pour également héberger Grimes, Deerhunter et Sohn, preuve de l'intérêt que porte l'industrie à ce jeune premier de la musique folk.

Par Yves Czerczuk

Publié :

LiveReviews|0
1 person listening