Al-Zîr Hamlet

Théâtre
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Al-Zîr Hamlet
© SuzanneRault-Balet

Al-Zîr + Hamlet = Al-Zîr Hamlet : on s'attendait à la magie du deux en un. En créant une pièce hybride réunissant Shakespeare et une légende arabe, Ramzi Choukair a fait un pari courageux : celui de l'interculturalité et, par là, de la modernité. Hélas, malgré quelques bonnes idées, l'alchimie n'opère pas. 

Afin de bâtir « un pont entre Orient et Occident », le metteur en scène franco-syrien croise deux textes et leur héros respectif : d'un côté Zir Salem, personnage mythique du Moyen-Age arabe (incarné par le comédien Fida Mohissen) dont l'histoire a été réécrite par le dramaturge égyptien Alfred Farag ; de l'autre le Hamlet de Shakespeare (interprété par William Mesguich). Deux éléments objectifs rapprochent en effet ces protagonistes : leur sang royal et leur soif de vengeance. Pour le personnage shakespearien, jeune prince du Danemark auteur de l'illustre question « être ou ne pas être », il s'agit de venger l'assassinat de son père ; pour Zir Salem, le meurtre de son frère. Sur scène, les deux hommes sont alternativement conteurs de leur propre histoire, s'écoutant l'un l'autre, se répondant parfois. 

Outre le rapprochement de deux œuvres et de deux cultures, ce sont les différents genres du spectacle qu'entrelace ici Ramzi Choukair. Un jeu de marionnettes permet aux comédiens de mimer certains passages de leur récit – procédé intéressant dans le cas de Zir Salem puisqu'il nous plonge dans une mythologie peu connue en France. Du chant a cappella vient également ponctuer la narration. C'est la soprano Orianne Moretti, seule femme sur scène, qui apporte cette note charmante. Lorsqu'elle ne chante pas, elle prête sa voix aux différentes figures féminines (Jalîla, Su'âd, Ophélie, Gertrude). 

En dehors de ces trouvailles remplissant agréablement l'espace – quasiment vide puisque matérialisant, selon les mots de Ramzi Choukair, un « non-lieu et un non-temps absolus » –, on trouve malheureusement peu de raisons d'aller voir 'Al-Zîr Hamlet'. Durant les trois quarts de la représentation, le spectateur reste le témoin d'un pari raté. On ne ressent aucune empathie pour ces personnages rongés par une souffrance à laquelle rien ne nous a sensibilisés. Convoquer une grande figure comme Hamlet ne suffit pas : chez Racine, Phèdre n'est pas pitoyable parce qu'elle est Phèdre ; c'est la dramaturgie qui la rend misérable. 

Les comédiens eux-mêmes ne sont pas convaincants. Contraints à des monologues grandiloquents sur la vengeance ou sur l'existence, ils débitent parfois leur texte dans un enchaînement tel que le sens nous échappe. Quant aux moyens employés pour réunir les héros, ils sont trop évidents pour atteindre leur fin : on pense notamment aux première et dernière scènes où l'on voit la chanteuse se placer entre les deux hommes et leur tendre une main à chacun. Côté public, hélas, pas une seule paire de mains ne s'agite pour une seconde vague d'applaudissements.

Par Lucile Roger Durieux

Publié :

Téléphone de l'événement 01 48 06 72 34
Site Web de l'événement http://www.theatredebelleville.com/
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