Chroniques d'une haine ordinaire

0 J'aime
Epingler
Chroniques d'une haine ordinaire
(c) Mirco Magliocca
Chroniques d'une haine ordinaire

« On peut rire de tout mais pas avec n’importe qui » disait Pierre Desproges. Le public du théâtre de la Pépinière est de ceux qui rient de bon cœur quand on lui sort des horreurs. ‘Chronique d’une haine ordinaire’ est une lecture théâtrale de chroniques éponymes que le célèbre comique déballait à l’antenne de France Inter en 1986, mélangées avec d’autres de ses fables grinçantes et calembours, sur tous les sujets qu’il aimait particulièrement passer sur le grill : le racisme, le bonheur, les femmes, le cancer, la religion. On y retrouve l’humour aiguisé d’un Desproges indigné par la bêtise humaine, universelle.

 Le metteur en scène Michel Didym a choisi les comédiennes Dominique Valadié et Christine Murillo pour « jouer » du Desproges ; une pièce curieuse et osée puisque deux femmes interprètent le monologue d’un homme des années 1980, sans réelle interaction avec le public. Le pari est réussi : on ne s’ennuie jamais pendant le déroulé de cette lecture, et l’on n’a pas la sensation indigeste qu’un mauvais copié/collé a été opéré. Au contraire, on se marre haut et fort des atrocités débitées par les deux commères. Les deux comédiennes, complices depuis le conservatoire et à la Comédie-Française, interprètent brillamment ce duo imaginaire, jouent du piano, chantent, dansent pour ne pas abandonner le spectateur dans la statique d’une lecture immobile. Les phrases assassines qu’elles s’échangent en ping-pong sont toujours drôles et étonnamment contemporaines, les satires n’ont pas pris une ride, même si quelques anachronismes rendent certains passages un peu désuets.

 Qui aurait aujourd’hui le cran de comparer Jésus Christ à Hitler sans avoir peur de se faire attaquer en justice ? Heureusement, les écrits de Desproges sont ineffaçables, et l’on peut encore rire de cette comparaison : « On attribue à Jésus Christ, un autonomiste palestinien mort en 33 après lui-même, ce mot charmant "laissez venir à nous les petits enfants", or dans ‘Mein Kampf’, Adolf Hitler, un autonomiste allemand, mort en 1945 avant moi dit la même chose à un mot près, "laissez venir les petits enfants blonds" ». Pas étonnant que la nouvelle génération qui n’a pas connu Desproges se reconnaisse dans cet humour décapant et subversif.

Par Camille Griffoulières

Téléphone de l'événement 01 42 61 44 16