Des arbres à abattre

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Des arbres à abattre
© Elisabeth Carecchio

On aime passionnément ou l'on hait Thomas Bernhard, son écriture logorrhéique laissant peu de place à la neutralité. Faisant assurément partie du groupe des enthousiastes, Célie Pauthe et Claude Duparfait ont choisi d’adapter ‘Des arbres à abattre’, l’un des derniers romans du maître autrichien.

Sous-titré ‘Une irritation’, le roman dépeint une certaine hypocrisie mondaine, dans un style excité cher à Bernhard. L’auteur y règle ses comptes avec un cercle d’artistes de l’intelligentsia viennoise, qu’il fréquentait assidûment durant les années 1950. La pièce montrée au théâtre de la Colline, qualifiée de roman-théâtre par ses metteurs en scène, se partitionne en trois actes articulés autour d’un « dîner artistique ». Le long soliloque initial du narrateur, interprété par Claude Duparfait, dresse le portrait fascinant mais sans fard de la galerie d’invités qu'il « hait mais qui sont émouvants ». Enfoncé dans son « fauteuil à oreilles », il satirise sur les hôtes Auesberger, respectivement compositeur et chanteuse, l’écrivaine Jeannie Billroth se prenant pour Virginia Woolf (Annie Mercier), le comédien du Burg Theater (Fred Ulysse), invité d’honneur, et la Joana, l’amie artiste qui s’est suicidée. Ainsi, conversations mesquines de salon et musique se répondront, et le 'Boléro' jouera le temps d’un moment de suspension à la mémoire de l’absente qui elle seule « avait le don de voir aussi constamment le beau à côté de toute la laideur monstrueusement omniprésente ».

Par Barbara Chossis

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