Die gelbe tapete (Le Papier peint jaune)

Théâtre
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Le Papier peint jaune (© Stephen Cummiske)
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© Stephen Cummiske
Le Papier peint jaune (© Stephen Cummiske)
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C’est l’histoire d’un papier peint qui se décolle par endroit. D’une femme seule et tourmentée dans une ancienne chambre d’enfant. C’est l’histoire d’un spectacle à la croisée du théâtre et du cinéma. Mis en scène par la Britannique Katie Mitchell, ‘Le Papier peint jaune’ fut d’abord une nouvelle de la romancière américaine Charlotte Perkins Gilman, à la fin du XIXe siècle. Un texte sensible et habité sur la dépression postnatale, la solitude et la folie. Recluse entre quatre murs par un mari médecin, Anna erre du lit à la baignoire, se colle aux murs, caresse fébrilement les motifs jaunes, et glisse péniblement vers la démence. Inspirée par le récit de souffrance de la jeune femme, la metteur en scène a conçu un spectacle où les voix se chevauchent et les visions se croisent. Un décor horizontal dans lequel elle déploie l’intrigue sur plusieurs espaces et différents supports.

La scénographie, à l’architecture complexe, tend à rendre compte, par de multiples prises de vue, de la richesse des tourments de la jeune femme. D’un côté, Ruth Sullivan réalise en direct les bruitages. D’un autre, coincée dans une cabine de verre, Ursina Lardi incarne, face public, le flot de pensées d’Anna. Puis, une pièce principale où l’héroïne, son mari et la nounou se retrouvent filmés en direct par une poignées de steadycam. Au-dessus, un large écran sur lequel les images sont projetées, ou encore, à l’extrême cour, un autre espace, lieu de tournage et de jeu.

La caméra embarquée nous offre ainsi de sublimes gros plans sur le visage empreint d’affliction de Judith Engel, ainsi que des visions d’emprisonnement rares au théâtre (la faute au quatrième mur, fenêtre du spectacle). Le spectateur assiste ainsi à une sorte de tournage en direct, observant simultanément le ballet des techniciens, la performance des comédiens et le déroulement de l’histoire, scrutant le moindre déplacement de câbles, analysant le moindre son, la moindre prise de vue…

Difficile de trouver orchestration plus rigoureuse. Ici, chaque mouvement, chaque déplacement répondent à une partition écrite au millimètre. Une prouesse technique dont l’exécution frise la virtuosité (d’autant qu’elle n’est menée que par huit personnes) et qui exalte le texte de Charlotte Perkins Gilman. En multipliant les discours, Katie Mitchell réussit le pari du fond et de la forme et offre aux spectateurs de l’Odéon un spectacle singulier et touchant, paradoxalement libéré de tout carcan.

Par Elsa Pereira

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