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La première chose qui nous surprend en entrant dans la salle, c’est le décor déjà installé sur scène : un homme nu endormi dans un lit. Les connaisseurs du roman de Binet pourraient, à coup sûr, être déroutés: serions-nous face à une adaptation fantaisiste de l’œuvre ? Heureusement non, les premières minutes passent, et l’acteur se rhabille vite. Le décor, quant à lui, restera le même tout au long de la pièce : un lit double, un écran, une pile de livres jetés négligemment. Epuré, mais suffisant, juste de quoi instaurer le cadre intimiste de la chambre, histoire de donner le ton.

L’histoire joue sur une double temporalité : celle, en 2010, de l’écrivain tourmenté en pleine rédaction de son livre, et celle de l’histoire, avec un grand H, le sujet de son roman, récit de la tentative d’assassinat de Heydrich en 1942 à Prague. La pièce se joue ainsi en deux parties, une première, à deux, avant que la femme de l’auteur ne le quitte, et la deuxième, seul. L’histoire d’abord, l’Histoire ensuite. 

Comment rendre compte de l’histoire exactement telle qu’elle s’est passée, se questionne-t-il.Jusqu’aux moindres détails, jusqu’à la couleur de la Mercedes dans laquelle roulait le général allemand ce jour-là, jusqu’à en devenir fou. On assiste alors aux terribles obsessions d’un auteur tellement pris par son histoire (par l’Histoire, si l’on veut être exact), qu’il se retrouve plongé dedans. Il parle Heydrich, rêve Heydrich, pense Heydrich. Il devient comme un corps démuni de sa personnalité : il n’est qu’un intermédiaire qui raconte l’histoire, un témoin indirect, rien de plus. La libération s’opère enfin par l’écriture, le passage à l’acte, rendu par un superbe monologue, au débit rapide et passionné, qui raconte enfin cette journée tragique de l’assassinat raté, la traque des parachutistes, leur mort, leur rencontre. Il est tour à tour Heydrich, ou un des parachutistes, qu’importe en fait puisqu’à la fin, c’est lui qui est vivant, et qui doit continuer à vivre.

La mise en scène minimaliste offre au texte l’espace nécessaire pour être apprécié à sa juste mesure. Un texte magnifique, fluide bien que très littéraire, drôle parfois, intelligent tout le temps. Son porte-parole est tout aussi important. Car c’est grâce au talent d’Olivier Balazuc que ce récit semi-personnel et semi-historique nous parle tant. Sans lui, il est certain que le temps aurait semblé plus long. Vous l’aurez compris, que ce soit pour les belles phrases de Binet ou les beaux yeux de Balazuc, c’est une pièce qui vaut la peine de traverser le périphérique.

Par Pia Bou Acar

Site Web de l'événement http://www.rencontresicietla.com
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