Illumination(s)

Théâtre
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Illumination(s)
© Madani compagnie

‘Illumination(s)’ est le premier volet de ‘Face à leur destin’, une trilogie initiée en 2012 par Ahmed Madani, fruit d’un parcours avec différents groupes de jeunes gens des quartiers populaires. Cette première œuvre met en scène neuf jeunes hommes qui, tant singulièrement que d’une seule voix et d’un seul corps, captivent la salle par leur sincère et vibrante intensité. 

Le spectacle débute en vidéo, au son de la voix d’animateurs de JT. Les mots « banlieues », « malaises » et « émeutes » résonnent en boucle, tandis que les images d’habitants de cités défilent. Les clichés sont évacués dès le départ, tout comme la frontière entre réel et plateau se voit très tôt enfreinte. Un homme tombe blessé sur le plateau, son nom est Lakhdar.

A partir de sa pensée, va se raconter l’histoire de sa lignée sur trois générations, en démarrant par celle de son grand-père, Lakhdar le harki, à qui un officier français fit une promesse de naturalisation sans la tenir : « Je suis une poignée de poussière, ils m'ont dispersé dans l'air. » Son fils sera donc le premier Lakhdar à migrer en France pour travailler et s’y installer. Sa vie ne sera pas forcément plus facile, à force de travail il construira sa maison au bled mais ne s’y sentira peu à peu plus vraiment chez lui. La génération de ses enfants, qui ont 17 ans aujourd'hui et vivent au Val-Fourré à Mantes-la-Jolie (dont le Lakhdar blessé fait partie), est déclinée en quatre profils un brin stéréotypés. A travers ces fragments personnels, Ahmed Madani tente de raconter son histoire familiale, mais aussi l’histoire partagée, au sens mythique du terme, des immigrants algériens en France : « Je suis un, je suis mille, je suis des millions. » Le son de cloche peut sembler un tantinet démagogique mais le message mérite toujours d’être entendu et les acteurs – dont ce n’est, à l’exception d’Issam Rachyq-Ahrad, pas le métier – exécutent leur partition avec une précision et une présence très belles à voir.

Points culminants, les chants choraux tel celui des "Partisans", qui ponctuent cette traversée dans le temps, font montre d’une bravoure authentique et forment de fringants moments de joie pure.

Par Barbara Chossis

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