La Meilleure Part des hommes

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La Meilleure Part des hommes
© Julien Piffaut
La Meilleure Part des hommes

Homosexualité, contamination et télévision… A sa sortie en 2008, ‘La Meilleure Part des hommes’ de Tristan Garcia avait remporté tous les suffrages et cueilli à juste titre le très réputé prix de Flore. Avec pour toile de fond l’apparition du sida, ce récit générationnel évoquait avec intelligence et émotion les amours tumultueuses de quatre personnages. Rien d’étonnant à ce que ce roman soit maintenant porté à la scène par la brillante Pauline Bureau. Après le captivant et très féministe ‘Modèles’ au NTDM, la jeune metteur en scène présente son adaptation scénique de l’œuvre de Tristan Garcia, une exploration des mœurs à l’heure du VIH servie par huit comédiens (dont l’excellente Marie Nicolle) et un musicien (le prodigieux Vincent Hulot).

Dans un espace noir où seuls quelques accessoires matérialisent le décor, Val, Doumé, Willie et Leibo s’aiment et se disputent, baisent et se mentent. Les scènes de rencontre précèdent les discussions post-coïtales, les interviews sous acides annoncent la détresse du lit d’hôpital. Une vingtaine d’années défilent pendant ces deux heures et quart, de l’élection de Mitterrand à la trithérapie en passant par les échecs de l’ANPE. « Les années 1980 furent horribles pour toute forme d’esprit ou de culture, exception faite des médias télévisuels, du libéralisme économique et de l’homosexualité occidentale » affirme Tristan Garcia. Le travail de Pauline Bureau rend justice aux propos du romancier en convoquant sur scène images d’archive (la chute du mur de Berlin, des extraits de journaux télévisés) et satires d’émissions – on devine avec délectation le mythique ‘Tout le monde en parle’. Avec grâce et sans jamais sombrer dans le pathos illustratif, le quatuor de comédiens brosse le portrait d’une génération brutalement mise au pied du mur. « La difficulté de trahir, l’impossibilité de ne pas trahir » analyse Pauline Bureau.

Et il ne lui faut presque rien pour faire vivre ses histoires : une forêt de micros, des lits dans lesquels on s’aime, des tables autour desquelles on milite… Un presque rien qui fait tout.

Par Elsa Pereira

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