Le Cid

Théâtre
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Le Cid
© Agathe Poupeney/Opéra national de Paris

L'événement est pour le moins exceptionnel : la dernière occasion de voir 'Le Cid' au palais Garnier remonte en effet à... 1919. Cet opéra écrit en 1885 n'est certes pas le plus connu de Jules Massenet. Du célèbre compositeur français, on est plus familier de 'Manon', 'Werther' ou 'Cendrillon'. Mais rassurez-vous : la rareté des reprises du 'Cid' n'est pas le seul intérêt de cette nouvelle mise en scène signée Charles Roubaud. Son principal attrait est d'ordre musical, puisque le rôle titre est incarné par l'incroyable ténor Roberto Alagna.

Inspiré de la pièce de théâtre homonyme de Pierre Corneille, cet opéra emprunte de nombreuses citations au texte original. Ici un « Va, je ne te hais point » et là un « Ô rage, ô désespoir... Ô vieillesse ennemie »… 'Le Cid', nous ne vous apprenons sûrement rien, est une – belle et grande – histoire d'amour et de vengeance. Petit rappel quand même pour ceux qui ont séché les cours de français : Rodrigue (surnommé « le Cid », « seigneur » en langue mauresque), jeune chevalier espagnol au cœur pur, est amoureux de Chimène. Celle-ci, évidemment, l'aime en retour.

Hélas pour les deux amants, un savant mix de sentiments dignes (l’honneur) et indignes (la jalousie), si chers aux tragédies classiques, vient compromettre leur union. Tout commence par une sombre affaire de rivalité paternelle : envieux du titre de gouverneur de l'Infant décerné au père de Rodrigue (Don Diègue), celui de Chimène (le comte de Gormas) lui donne « un soufflet » (il le gifle). Rodrigue se voit alors contraint de tuer le père de Chimène pour sauver l'honneur du sien ; et celle-ci, à contrecœur, de demander au Roi de condamner Rodrigue…

Le personnage du Cid s'inspire d'un chef de guerre né en Castille au XIe siècle. Mais le metteur en scène a ici pris le parti de transposer l'action aux années 1940. Pari réussi : les décors et les costumes, qui évoquent le franquisme, s'accordent très bien à la dramaturgie. La cour du Roi, avec sa colossale statue de lion, est même assez grandiose.

Mais c’est surtout nos oreilles que ravit ce spectacle. Sur scène, amour et douleur sont admirablement figurés par les trois protagonistes en proie à ces émotions. Côté féminin, on aime particulièrement la soprano Annick Massis, dans le rôle de l'Infante. Sonia Ganassi, incarnant Chimène, nous émeut peut-être moins mais elle honore tout à fait son titre de soprano dramatique. Globalement, c’est la star internationale du chant lyrique Roberto Alagna (Rodrigue) qui nous bouleverse le plus. Largement à la hauteur de sa renommée, la voix du ténor s'accorde merveilleusement avec le romantisme et le grandiloquent patriotisme des vers chantés. Elle domine les choeurs de soldats comme elle se marie parfaitement à celle de Chimène, lors de savoureux duos amoureux. Finalement, plus encore que ce temps qui passe, et laisse s'écouler près de 100 ans entre deux représentations du 'Cid', c'est ce son, si beau et si puissant, qui nous transcende vraiment.

Par Lucile Roger Durieux

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