Les Cancans

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Les Cancans
© Bruno Perroud

A l’aube de leurs fiançailles, Beppo et Cecchina soupirent d’amour, se tournent autour, se dévorent des prunelles. « Ah ! Que j’aime cette fille ! », rosit en aparté le jeune premier. « Ah ! Que j’aime ce gars-là !», ajoute lascivement la promise. Un tableau idyllique bientôt lacéré par les commères du village. La pièce de Goldoni porte bien son nom, mais ne mérite pourtant pas les éloges qui lui sont concédées. Satire convenue des mœurs provinciales, elle brosse sans grande acuité une série de portraits simplistes. L’amoureux-soi-disant-transi mais obnubilé par sa réputation, le père naturel aussi sentimental qu’une huître, les cousines-jacasses…Une brochette peu ragoûtante, un brin caricaturale mais qui raconte malgré tout assez bien le règne des apparences.

Si le texte manque parfois de profondeur et d’âpreté, la mise en scène de Stéphane Cottin ne manque, elle, pas d’idées. A commencer par l’excellente scénographie de façades mobiles, signée Sophie Jacob, que les comédiens agencent dans une semi-obscurité. Sas de décompression entre deux scènes, ces moments de vérité paradoxalement déroulés dans le noir sont de beaux instants de théâtre. Ainsi à mesure que le téléphone vénitien fonctionne, à force de mensonges et de ragots, le décor dévoile ses entrailles, rappelant avec subtilité les mécanismes de l’intrigue et les rouages de la comédie. Transposés dans les années 1950, ‘Les Cancans’ de Stéphane Cottin ne manquent pas d’audace. Dans ce décor de téléphones à cadran et de robes vichy, Cecchina prend des airs de Betty Draper à l’italienne…Et si on note quelques faussetés dans le jeu ici et là, on se laisse pourtant volontiers bercer par les facéties d’Arlequin. 

Par Elsa Pereira

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