Mademoiselle Julie

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Mademoiselle Julie
© Christophe Raynaud De Lage

L’œuvre phare du Suédois Strinberg passe à la moulinette contemporaine de Frédéric Fisbach. La sulfureuse pièce écrite en 1888 n’a rien perdu de sa superbe, et ses thèmes demeurent tout aussi éloquents.

On dit souvent du théâtre qu’il est un reflet, un miroir tendu au public. Adage pris au pied de la lettre par le scénographe Laurent P. Berger qui, en installant un cube de verre sur le plateau, nous confronte d’abord non plus à la scène, mais à la salle elle-même. Puis, la lumière agressive des néons vient révéler la blancheur clinique du décor ultra moderne, parti pris esthétique qui tranche, l’unique acte de la pièce se déroulant essentiellement la nuit.
Une ambiance de galeries d’art, une bande sonore carrément rock (Joy Division, Blondie, The Cure...), des figures animales qui dansent en fond de scène dans l’espace forêt-boîte de nuit... Autant d’éléments qui dénotent la volonté du metteur-en-scène de transposer radicalement le drame dans une atmosphère nettement plus contemporaine et son “obsession de représenter la parole (...) par un travail plastique sur l’espace dans lequel elle se déploie.”
La distance apportée par le dispositif scénique tend pourtant à nous barricader à l’extérieur, insensibles aux voix sonorisées des acteurs. Mais la justesse des comédiens transperce le quatrième mur, qui finit par tomber quand les baies vitrées s’ouvrent, renouvelant l’air vicié de la fête païenne.
Et c’est à Juliette Binoche qu’a été confié le destin de Mademoiselle Julie lors de ce “long voyage vers le jour”, cette fatale nuit de la Saint Jean. Peu présente sur les planches, l’actrice oscarisée avait créé l’évènement en juillet dernier lors du 65e Festival d’Avignon. Sa dernière apparition sur scène datait de 1988, dans ‘La Mouette’ de Tchekhov, sous la direction d’Andreï Konchalovsky. Tout de lamé or vêtue, Juliette devient donc Julie, l’aristocrate rebelle et garçon manqué, qui étouffe sous le carcan de sa position sociale. Lors d’une nuit de débauche, la main lourde sur l’alcool et l’infatigable envie de danser ont raison de la réserve naturelle liée à son rang. Les barrières sociales qui la séparent de son valet Jean (un Nicolas Bouchaud mouillant littéralement le maillot  on n’ose imaginer la température qu’il fait à l’intérieur de cet aquarium scénique), volent en éclats. Paradoxalement manipulatrice et victime, elle le provoque jusqu’au point de non retour. Leur fragile amour ancillaire vire au drame et le serviteur (le “ver de terre amoureux d’une étoile” de ‘Ruy Blas’), perd alors tout respect pour sa maîtresse. Témoin impuissant et femme trahie, Christine, la servante obéissante et fiancée de Jean, est incarnée par Bénédicte Cerrutti.
Servie par ce trio de comédiens hors pair, la problématique de la lutte (des classes, des sexes), liée au déterminisme de la naissance, résonne intemporellement dans le texte de Strinberg.

Par BC

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