Orlando ou l'Impatience

Théâtre
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Orlando ou l'Impatience
© Christophe Raynaud de Lage

Olivier Py n'est assurément pas un artiste comme les autres. En témoigne son spectacle 'Orlando', pièce de théâtre loufoque et exquise présentée en ouverture du Festival d'Avignon - dont il est désormais le directeur. Une œuvre de 3 heures bavarde et extravagante comme une grande déclaration d'amour au théâtre, art qu'il essaie de circonscrire lors de longues tirades inspirées et d'une fable pleine d'esprit et d'humour. Sortez vos calepins, le texte d'Olivier Py regorge de répliques bien senties et d'une pléiade de citations fin prêtes pour grossir le répertoire d'Evene.

C'est dans un décor de coulisses flanqué d'un Jardin et Cour mythique qu'Orlando apparaît. Une scène toute en bois installée sur roulettes et éclairée depuis le fond par des néons blancs. Un plateau sur lequel un jeune homme de 15 ans (excellent et très prometteur Matthieu Dessertine) partira à la recherche de son père inconnu. Une quête comme un prétexte pour dialoguer avec le monde, l'art et la politique. Alors évidemment, le chemin sera émaillé de fausses pistes, et on y croisera une tragédienne, un ministre de la culture ubuesque, ou encore un metteur en scène despotique... Souvent, le but de la pièce nous dépassera, perdus dans le chaos de ces personnages dantesques, parfois assommés par des tirades à n'en plus finir. C'est certain, 'Orlando' se montre exigeant avec ses spectateurs : on aura beau rire des interventions pleines d'humour et de grâce de Jean-Damien Barbin, souffrir avec le formidable Eddie Chignara, l'ensemble extrêmement dilué assomme parfois. Loin d'être dupe de sa propre folie, Olivier Py offre à son public quelques répliques cinglantes bourrées d'autodérision, une qualité sans borne. Mais pour cela, il faudra rester jusqu'à la fin, soyez patient.

Si 'Orlando' nous a plu ce soir, ce n'est évidemment pas uniquement pour son fantasque. Mais surtout parce qu'elle offre au spectacle vivant, en difficulté actuellement, à la fois une mise en perspective quasi visionnaire (le texte a été écrit un an avant l'accord de mars 2014) et un plateau pour lutter contre sa mise en danger. « Il suffit d'entrer sur scène et le monde est changé », nous rappelle le dramaturge.

Par Elsa Pereira

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