Par les villages

Théâtre
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Par les villages
© Christophe Raynaud de Lage / Festival d'Avignon

Stanislas Nordey est un homme ambitieux. Peut-être même trop. Amoureux de littérature, défenseur d’un théâtre centré sur le texte, le comédien et metteur en scène porte aux nues l’acteur-roi à travers une scénographie épurée. En témoigne sa mise en scène de ‘Par les villages’ de Peter Handke, long poème dramatique en ouverture du 67e Festival d’Avignon. Sur scène, de grandes baraques en tôle bleue façonnent un paysage majestueux qui s’étale sur tout le long du plateau. Devant ce décor de chantier imaginé par Emmanuel Clolus, Gregor (Laurent Sauvage) évoque la lettre de son frère Hans (Stanislas Nordey) à son amie Nova, Jeanne Balibar en jean et chemise à imprimé bleu, sublime mais inaudible dès le quatrième rang. Dans un long monologue, il lui raconte son histoire de famille aux liens rompus, les différences sociales qui façonnent leur vision du monde, la volonté du frère de renoncer à la terre de leurs parents morts. « La parenté n’était plus qu’une voix lointaine dans la neige » lance-t-il, désespérément statique dans le silence.

Des mots sublimes mais vidé de toute vie. Immobile sur scène, Laurent Sauvage campe un Gregor rigide, quasiment inerte. La longue tirade d’ouverture se transforme alors en un supplice interminable, comme les trois heures quarante qui suivent. Monologues étirés, décor sous-exploité, mise en scène inexistante : malgré tout le minimalisme convoqué, dévoré par l’ennui, on peine à entendre le si beau texte de Peter Handke. « Nous ne sommes pas sur le mauvais chemin. Nous ne sommes sur aucun chemin. » Exactement. Il restera pourtant de ‘Par les villages’ quelques fugaces instants d’une grâce dont Stanislas Nordey détient seul le secret, mais dont il se montre ici trop avare.

Par Elsa Pereira

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