Pop'pea

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Pop'pea
Marie-Noëlle Robert © Théâtre du Châtelet

On n’aurait pu rêver meilleure distribution pour cette réinvention de ‘L’Incoronazione di Poppea’ de Monteverdi. Carl Barât des Libertines dans le rôle du mégalomane Néron, Benjamin Biolay dans celui d’Othon, Pete Howard des Clash à la batterie ou encore Marc Almond (moitié de Soft Cell) sur scène dans la peau du philosophe Sénèque… Un casting masculin soigné pour la nouvelle création du Châtelet. Une chose est sûre, on ne pourra reprocher à Jean-Luc Choplin son acharnement à faire de ses opéras des pièces hors du commun mêlant culture pop, démesure et musique classique. Mais les meilleures intentions ne font pas toujours les meilleurs spectacles. Et l’on peut s’appeler Marc Almond, avoir fait danser la planète entière sur "Tainted Love" et chanter tragiquement faux.

Pourtant sur le papier, ‘Pop’pea’ semblait plus que prometteur. Des guitares et des percussions pour remplacer clavecin et violoncelle, des comédiens de renom, du second degré à foison et de la vidéo pour couronner le tout... Rien ne laissait présager un résultat aussi approximatif. D’abord dans le chant, parfois dissonant, et souvent tristement masqué par de massives nappes de synthé. Les micros suspendus à ses oreilles ne sauveront d’ailleurs pas Benjamin Biolay, Othon mollasson, systématiquement en retard sur les mélodies. Pas plus que Carl Barât, vêtu d’un étrange costume rouge (sont-ce des cheveux cousus aux épaules ?) et qui tente tant bien que mal de garder la note, le rythme et sa rock attitude. Il n’y a guère que la distribution féminine – un poil moins showbiz – qui fait preuve de talent et de justesse au milieu de ce patchwork de personnalités et d’effets spéciaux kitchs. Bien sûr, le tableau n’est pas entièrement noir et de nombreuses bonnes trouvailles parsèment l’opéra. Parmi lesquelles quelques parodies bien senties (ah, la scène du doublage !) et des hommages très à propos (comment ne pas penser au ‘Rocky Horror Picture show’ ou encore à ‘Starmania’ ?).

Mais ce sont surtout les maquettes de Pierrick Sorin, décor des vidéos projetées en arrière scène, qui attestent de la dextérité et du talent du scénographe. Inventives et judicieuses, elles pimentent le spectacle de petites touches poétiques et lui permettent in extremis de ne pas sombrer dans les tréfonds du mauvais goût.

Par Elsa Pereira

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