STOP ou Tout est bruit pour qui a peur

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STOP ou Tout est bruit pour qui a peur
© Lisa Wiltse

Tout commence dans une semi-obscurité. Des silhouettes courent, traversent le plateau, s’évitent, se heurtent. Des cris se répondent, se superposent. Le décor se dévoile à mesure que les rétines s’habituent à la pénombre. De quoi aviez-vous le plus peur quand vous étiez petits ? Du noir ? Alors ça tombe bien. Vous en serez baigné ce soir.

Après ‘Sans faim’, critique au vitriol du confort de notre société,  et  ‘Le Livre d’or de Jan’, la nouvelle pièce d’Hubert Colas questionne la peur.
Sujet d’actualité s’il en est, la peur ébranle notre vision d’autrui, influence nos actes, nos relations aux autres. Elle agit sur notre manière de bouger, d’occuper l’espace, de nous soustraire à celui-ci. Et elle aveugle aussi. D’où ce halo opaque qui ne dévoile de la scène que des bribes. Cette ambiance nébuleuse où l’on voit sans réellement voir. En choisissant de faire évoluer ses comédiens sur une scène faiblement éclairée et sur un praticable mou et mobile, Hubert Colas brouille les frontières entre le visible et l’invisible, le connu et l’inconnu, le stable et le mouvant. Un choix judicieux pour une scénographie tout entière offerte au trouble.

Dérobés à la lumière, il ne nous reste guère que les contours pour nous rassurer, on se tient au mur pour trouver la sortie, on cherche du bout des doigts les coins de la table, on s’agrippe au chambranle de la porte… Bien décidé à nous faire ressentir l’embarras de la peur, le metteur en scène brouille les pistes, fragmente les dialogues, nous assomme de questions sans réponses.  « Est-ce que je peux vivre sans lui ? Est-ce que je peux vivre sans les autres ? Est-ce que je peux vivre seule ?  Est-ce que j’ai peur d’être seule ? Est-ce que je peux vivre sans avoir peur ? »  Avant de conclure : « Voilà, c’est ça la peur. Tu te tires en courant. » Ce que nous ne ferons pas, assurément.

Si le texte éclaté nous perd souvent dans ce labyrinthe de parallélépipèdes gris (rappelant le mémorial berlinois aux victimes de la Shoah conçu par Peter Eisenman et Buro Happold), le spectacle recèle de trouvailles scéniques inédites, de jeux de lumière magiques. Metteur en scène de talent, Hubert Colas démontre avec ‘Stop ou Tout est bruit pour qui a peur’ qu’il est un scénographe de génie.

Par Elsa Pereira

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