Temps

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© Vincent Champoux

Quelques voiles, une paire de ventilateurs géants, une bande son adaptée : il n’en faut pas plus pour quitter, en quelques minutes, le sol de Chaillot et s’envoler vers les steppes glacées du Canada. Le vent siffle si fort dans la salle que l’on en aurait presque froid au fond de son fauteuil. Pourtant, ce soir de première, on se tient bien au chaud, la foule s’est amassée au Trocadéro. Scolaires, VIP et journalistes en goguette : plus aucun siège n’est laissé au vide. L’auteur et metteur en scène libano-québécois a le vent en poupe. D’ailleurs, sa dramaturgie de Wajdi Mouawad n’est plus un mystère pour personne. Depuis la tétralogie ‘Le Sang des promesses’, on connaît son amour irrésolu pour les tragédies sophocléennes, son besoin quasi viscéral de faire vivre ses personnages jusqu’à la mort, de jouer avec un ultra-symbolisme assommant.

Et si cette mise en scène prouve que les histoires de Mouawad n’ont pas besoin d’un déluge de moyens scénographiques pour nous conduire avec elles en voyage, ‘Temps’ n’échappe pas aux courroux des Dieux. Pendant ce rude hiver dans la ville minière de Fermont, il sera encore une fois question de fratrie (comme dans ‘Incendies’), de secrets enterrés (‘Littoral’), et de révélations éprouvantes (‘Forêts’). Il faut bien l’avouer, il devient dur de lutter contre le sentiment de revivre encore et toujours la même histoire de viols, de suicides et d’abandon. L’excellente scénographie tout en transparence d’Emmanuel Clolus, les pointes d’humour et la poésie du texte n’y changeront rien, les vents violents qui balaient Frémont laissent insensibles. Restent alors quelques scènes d’anthologie (Napier se masturbant devant une petite robe à fleurs - magnifique partition de Jean-Jacqui Boutet - Noëlla se libérant de son père… ) qui rappellent, malgré tout, que le génie de Mouawad n’est pas si loin.

Par Elsa Pereira

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