Un tramway

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Un tramway
(c) Pascal Victor
Un Tramway

Assise jambes écartées, la bouche enflée d’une pâte blanche aqueuse, elle marmonne, ou grommelle, peut-être même les deux. Elle, Blanche DuBois, aristo déchue et exilée notoire. Vêtue d’un simple corset, elle est installée telle une bête de foire au centre de ce large wagon en verre et offerte au public dans sa vulnérabilité immédiate. Poupée désarticulée mi-femme mi-enfant, au centre d’une scénographie magistrale qui expose la tuyauterie du lieu (WC, baignoire, lavabo) comme la mise en scène en exhibe ses entrailles.

Clef de voûte de cette adaptation hystérique d’‘Un tramway nommé Désir’, Isabelle Huppert apparaît sur scène le visage tordu, projeté en gros plan derrière elle. S’ensuivent alors dix minutes de grognements animaux qui font honneur à l’extrême flexibilité de la comédienne, mais qui présagent du pire. Entre nous, avant qu’il ne soit trop tard, sortez votre sachet d’aspirine et buvez une gorgée d’eau.

Le théâtre du metteur en scène polonais n’a rien de reposant, il est fait de fureur et de malaise, de néons et de cris. Il tourmente en mettant à vif, il blesse et ne laisse pas indifférent. Le parti pris est clair, les symboles puissants. Malheureusement, à vouloir se soustraire à tout prix au naturalisme, Krzysztof Warlikowski s’englue parfois. Et son ‘Tramway’ n’échappe pas ici au tourbillon.

En choisissant d’enfermer Blanche dans sa propre prison, en multipliant les intertextes (des fragments de Platon, Coluche, Claude Roy jalonnent la pièce), il broie littéralement sur scène tous les autres personnages, asphyxiant l’air jusqu’à l’étouffement. Ainsi, ce que Blanche gagne en sincérité et en complexité, Kowalski le perd. Chœur factice disposé ici et là, Mitch, Stella ou encore Eunice flottent à la surface de l’histoire et se perdent (avec nous) dans les recoins obscurs de l’intertextualité. Renate Jett profère du Monteverdi, les boules de bowling s’écrasent au sol, Kowalski hurle sur Stella…

Une interprétation anguleuse où le texte ne s’entend que lorsqu’il est crié, où la folie ne se joue que convulsive. Dans ce capharnaüm transparent, le ‘Tramway’ file à toute allure sans que l’on sache vraiment où le prendre.

Par Elsa Pereira

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