Une femme seule

Théâtre
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Une femme seule
© Danica Bijeljac

Oui, Maria est une femme seule. Mais cette solitude n’est pas physique, bien que la comédienne n'ait personne sur scène à qui donner la réplique. En réalité, Maria est entourée : très mal entourée. Dans ce monologue co-écrit par le dramaturge italien Dario Fo (prix Nobel de la littérature en 1997), sa femme Franca Rame et leur fils Jacopo Fo, l'héroïne est victime de la domination masculine dans l'une de ses plus banales manifestations. Epouse-esclave, elle subit le harcèlement constant d'un mari jaloux et violent, d'un beau-frère obsédé sexuel, d'un amant, d'un voyeuriste et d'un pervers qui lui téléphone plusieurs fois par jour.

C'est l'arrivée d'une nouvelle voisine, à la fenêtre d'en face, qui permet à Maria de réaliser pleinement l'injustice de sa condition. Mais tandis que s'instaure entre les deux femmes ce dialogue libérateur, le chaos gagne l'appartement. Le bébé crie de plus en plus fort, le téléphone sonne de plus en plus souvent, on frappe sans cesse à la porte... Tout va crescendo, jusqu'au dénouement.  

A l'image du théâtre politique de Dario Fo, cette tragi-comédie met en lumière une grande cause, celle de la souffrance encore très actuelle de millions de femmes. Mais l'histoire, écrite en 1977, n'offre pour le spectateur d'aujourd'hui aucune nouveauté : 'Une femme seule' est une des nombreuses déclinaisons du thème de la ménagère soumise finissant par craquer. On attendait donc un traitement nouveau, inventif. On est déçu : cette mise en scène signée Bérénice Collet n'offre aucune originalité. 

Le décor – des murs noirs, un tapis blanc au centre et quelques objets nécessaires à la représentation, tels qu'un fer à repasser, un téléphone, un meuble fourre-tout – fait négligé. Les sons et lumières semblent utilisés par pure nécessité, sans effort artistique. On perçoit bien une volonté de modernité, lorsque l'actrice mime une scène antérieure en agitant les cravates de son mari (technique propre au théâtre d'objets, de nouveau populaire dans le monde du spectacle), mais cette tentative isolée n'apporte pas grand-chose.

Seul un excellent jeu d'actrice aurait donc pu nous faire aimer cette pièce. Violaine Brébion (qui joue en alternance avec Amélie Manet) réussit l'illusion du dialogue et nous divertit suffisamment pour que l'on ne s'ennuie pas. Mais la prestation de la comédienne, légèrement sur-jouée, ne sauve pas l'impression que l'on a en quittant la salle, celle qui reste : le sentiment d'avoir apprécié le fond, mais pas la forme.

Par Lucile Roger Durieux

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Téléphone de l'événement 01 42 33 42 03
Site Web de l'événement http://www.manufacturedesabbesses.com/
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