Une histoire de la Comédie-Française

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Une histoire de la Comédie-Française
© Christophe Raynaud de Lage

À la lueur d’une chandelle, alors qu’un petit chat noir traverse la scène, un vieil homme avachi dans son fauteuil déplore sa propre mort. C’est Molière.
Ce seront les seuls éléments de décor dans la pièce de Christophe Barbier et Muriel Mayette : le fauteuil et la chandelle aussitôt rangés en coulisses, l’histoire peut commencer. L’histoire de la Comédie Française, créée en 1680, sept ans seulement après la mort de Jean-Baptiste Poquelin.
Cinq actes pour cinq siècles, du XVIIe au XXIIe. Cinq acteurs, géniaux, qui tissent l’histoire d’une institution aimée, ruinée, divisée, brûlée, reconstruite, éternelle. Cinq acteurs, qui, l’un après l’autre, seul sur scène, sans décor et à l’aide souvent d’un seul costume, incarnent des dizaines de personnages emblématiques : Racine, La Grange, Voltaire, Rousseau, Lekain, Beaumarchais, Mademoiselle George, Rachel, Sarah Bernhardt...
Les siècles passent mais les histoires restent les mêmes. Des histoires d’amour - pour la scène -, de sexe - “le lit est un autre théâtre” -, d’égos démesurés, d’ambitions déçues et de succès déchus. On retrouve aussi les mêmes références, fils rouges à travers les siècles :  Phèdre, héroïne racinienne que toutes les plus grandes ont incarnée, et le petit chat de Molière, dont on apprend au final qu’il ne serait en fait pas mort. Chapeau à la mise en scène de Muriel Mayette où l’absurde des petits chats en carton et la complexité des jeux d’acteurs se frottent à la sobriété du décor, parquet usé et toile beige. Quant aux textes de Barbier, ils sont (évidemment) intelligents et poétiques, mais aussi (surprenamment) drôles. On regrette tout de même quelques longueurs, et l’humour un peu poussif des deux derniers actes, où un Elliot Jenicot grimaçant et survolté mime un peu trop longuement la représentation de Phèdre sur Mars...
Enfin, l’histoire de la Comédie Française c’est aussi un peu l’histoire de France, de la Révolution mal digérée à la honte de la collaboration. Une histoire chaotique dont il ne reste, au final, qu’un seul cri unanime, répété inlassablement tout au long de la pièce : “Jouer, jouer, jouer !”. Un bel hommage à ce théâtre que, depuis des générations, on surnomme affectueusement “le Français”.

Par Anaïs Bordages

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