Zazie dans le métro

Théâtre
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Zazie dans le métro  (© Alain Richard)
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© Alain Richard
Zazie dans le métro  (© Chantal Depagne)
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© Chantal Depagne
Zazie dans le métro  (© Chantal Depagne)
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© Chantal Depagne
Zazie dans le métro  (© Chantal Depagne)
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© Chantal Depagne

Eteignez bien votre téléphone. Fermez vos pages Google, vos GPS. Réapprenez à ne pas tout comprendre et acceptez de vous perdre : il le faut pour suivre Zazie, la jeune héroïne du roman de Raymond Queneau adapté au théâtre par Sarah Mesguich. Confiée à son oncle parisien le temps d'un week-end, la petite provinciale de 9 ans nous entraîne dans sa visite de la capitale. Ou plutôt sa contre-visite : bistrot de quartier sans charme, spectacle de travestis, excursion nocturne dans une foire aux puces déserte... Intenable, Zazie fugue, vole, et prononce peu de phrases qui ne contiennent pas « mon cul ». C'est d'ailleurs en hurlant une série de jurons – « Ah les salauds, ah les vaches! Me faire ça à moi, sacrebleu, merde alors » – qu'elle poursuit le dialogue avec son oncle après le départ de sa mère. La raison de sa colère ? Le métro parisien, qu'elle rêve de voir comme d'autres la tour Eiffel, est en grève... Mais 'Zazie dans le métro', parfois considéré comme une parodie burlesque de roman d'apprentissage, n'est pas seulement l'histoire d'une fillette mal élevée qui ne verra jamais le métro. C'est, en trame de fond, la figuration d'une enfant constamment en proie aux pédophiles. Parmi les « vieux salauds » entourant Zazie, il n'y a pas que ce « vilain meussieu » rencontré lors de sa fugue. Il y a aussi ceux de son passé – son propre père, puis l'amant de sa mère – et ceux qui viennent aujourd'hui la hanter dans ses cauchemars. 

La fille de l'acteur et metteur en scène Daniel Mesguish présente ici une comédie amusante et bien menée. A l'aide d'enregistrements sonores, de séquences tournées dans Paris, de quelques objets modulables dont une carcasse de taxi pleinement ranimée par les soubresauts des passagers, l'étroite salle du Lucernaire se prête étonnamment bien à cette virée autour de la Seine. On salue particulièrement le casting : difficile de distinguer si Léopoldine Serre, la comédienne de 26 ans qui se cache derrière Zazie, est une adulte ou une enfant. Quant aux autres figures féminines (mère de Zazie, serveuse écervelée, épouse effacée, veuve folle), toutes sont jouées par une seule et même actrice. Amélie Saimpont, polymorphe et clownesque, est convaincante dans chacun de ces rôles ; on ne sera pas surpris d'apprendre que la jeune femme a fait ses premiers pas dans les claquettes et la comédie musicale. (Nous ne pouvons pas juger les prestations de Joëlle Luthi et Charlotte Popon, qui jouent en alternance avec ces deux actrices.) A l'inverse, le personnage incarné par Alexandre Levasseur – ce « vilain meussieu » dont on aperçoit les porte-jarretelles sous l'imperméable – change constamment de nom et d'identité, si bien que l'on ne parviendra jamais à cerner qui il est.

Cette confusion générale, qui passe également par un langage truffé de jeux de mots, d'argot et de « néo-français » inventé par Queneau, est fidèle au récit original. Pourtant le pendant psychologique de cette pièce censée « questionner notre rapport à la liberté, à l’enfance, à l’identité sexuelle... » peine à s'exprimer. Les rares tirades dans lesquelles les protagonistes révèlent un trouble existentiel – « J'ai ramené la petite à ses parents, mais moi je me suis perdu » –  sont des gouttes d'eau dans l'océan de procédés comiques. N'allez pas voir 'Zazie dans le métro' pour recevoir une leçon de philosophie. Mais jouez le jeu : suivez Zazie, perdez-vous entre les lieux et les mots. Vous rirez. 

Par Lucile Roger Durieux

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