Albert Londres, les pigeons et moi

Comédie
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Albert Londres, les pigeons et moi
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Un one-woman-show drôle et caustique sur le métier de journaliste.

Sur son compte Facebook, Dorothée Drevon a posté une photo où l’on voit une main tracer des lignes de coke (enfin, ce qu’on suppose être de la coke) avec sa carte de presse qui périme le 1er avril de cette année. Un message au-dessus de la photo : « Au revoir la presse, bonjour show business. » Peut-être que la commission de la carte n’appréciera pas la blague, qui surpasse celle de Patrick Cohen qui avait découpé la sienne en direct sur France Inter, mais la trentenaire n’a plus à s’en faire. Sa carte expire, mais elle respire enfin dans sa nouvelle carrière d’humoriste.

Le titre de son one-woman-show ‘Albert Londres, les pigeons et moi’ mérite une petite dissection : Albert Londres était au début du XXe siècle un reporter de terrain dont chaque enquête permettait de rendre le monde un peu plus juste, « de porter la plume dans la plaie ». En bref, un journaliste qui n’a pas grand-chose à voir avec ceux de la presse féminine ou des chaînes d’infos dépeints ici. Quant aux pigeons, ce n’est pas un clin d’œil à Paris mais aux pigistes qui se font bien souvent pigeonner et récupèrent les miettes du maigre butin médiatique. Enfin, le « moi » désigne Dorothée Drevon, originaire de Saint-Lô en Normandie, mais également plein d’autres « moi » : « Tiens, c’est comme moi » peut en effet certainement se dire une grande partie du public en regardant le premier spectacle de l’ex-journaliste, passée par de nombreux postes plus ou moins ingrats, dont elle se fait une joie d’extraire les souvenirs les plus délirants.

Plus largement, son humour concerne une génération entière rompue au télétravail accompli sur la table du salon, avec la liberté et la précarité que cela implique. Son regard sur les médias ne laissera pas indifférent quiconque ayant déjà ouvert un journal, allumé une télé ou une radio. Si on se tient les côtes pendant tout le spectacle, c’est surtout parce que cette vérité est rapportée avec une dose de surréalisme servie par son jeu vraiment bluffant. On frôle même le dadaïsme dans une scène chez Pôle Emploi, c’est dire l’exploit. 

Comme le journalisme est toujours une question d’angle, en une grimace elle endosse le rôle de ceux qu’on retrouve face caméra, ceux que les sociétés de production appellent les bons clients, qui font rire malgré eux. Effleuré, le thème du sexisme dans les chefferies fait rire jaune, autant que l’éthique de la rédactrice en chef qui coupe à la hache dans les témoignages. Mais il est surtout question d’autodérision plus que de règlements de compte (bon, un peu quand même). Malgré ce qu’implique le travail en freelance sur le plan émotionnel, malgré les peluches faisant office de collègues à la machine à café improvisée dans un studio qu’on transforme en prison dorée, et malgré un CDI qui se fait plus rare qu’un goéland bourgmestre, le spectacle de Dorothée Drevon n’est pas si pessimiste. Il démontre que cette génération, qui ne tient plus en place et occupe les rues avec des slogans contre la loi travail, certes en bave mais qu’elle est aussi capable de se réinventer sans cesse, de passer de coordonnatrice d’une émission sur les hémorroïdes pour le service public à humoriste par exemple.

Par Charline Lecarpentier

Publié :

Téléphone de l'événement 01.46.06.10.17
Site Web de l'événement http://www.theatrededixheures.fr
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