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Avignon In : Ceux qui errent ne se trompent pas

La crise de la démocratie

© Christophe Raynaud de Lage

Quoi ? • 'Ceux qui errent ne se trompent pas' de Maëlle Poesy et Kevin Keiss
Où ? • Théâtre Benoît-XII 
Quand ? • Du 6 au 10 juillet à 15h 

Note : **
Genre : Théâtre contemporain

Il est des spectacles qui comme celui-ci s'inscrivent à la perfection dans l'actualité. A croire qu'ils ont été écrits expressément pour répondre aux tourments de la société contemporaine. Ici il n'est pas question de quitter l'Union Européenne mais de réélire un gouvernement. Alors qu'une partie des politiques se frottent les mains en s'imaginant déjà bien accrochés à leur mètre carré de pouvoir, les résultats du scrutin vont tout faire voler en éclats.

Imaginé d'après 'La Lucidité', roman du prix Nobel portugais José Saramago, la pièce écrite par Kevin Keiss et mise en scène par Maëlle Poesy, tous les deux trentenaires, raconte une crise démocratique retentissante. L'histoire d'électeurs qui font le choix de bouleverser l'ordre établi en votant massivement blanc. Un séisme pour les gouvernants qui se frottaient déjà les mains en attendant les résultats.

Sur le plateau tout démarre dans une averse interminable. Une scène savamment chorégraphiée où maires et adjoints se désolent de ne voir aucun électeur dans leur bureau de vote. Le moment nous fait rire, parfaitement exécuté par des comédiens au jeu très appuyé, presque clownesque. Centré sur les dirigeants, pantins exilés, lâches et détestables, le reste de la pièce sera nettement moins drôle. La faute à un débat qui ne s'intéresse finalement qu'aux insultes énervées d'un ministre de l'Economie qui se prend pour Marie-Antoinette ou à un Premier ministre obnubilé par son apparence devant les caméras. Quelle révolte porte ce vote blanc ? Que signifie-t-il vraiment ? On ne sait finalement rien de cet « ennemi » qui avance masqué, à peine quelques descriptions vides offertes par une journaliste sur place. L'affaire est bien maigre.  

Au terme de la pièce, nous n'en saurons pas davantage sur ce qui fait pourtant l'essence même de la fable, les deux heures étant passées à suivre des personnages-bouffons, des pantins risibles s'époumonant les uns contre les autres à la recherche d'un responsable à leur destitution. Tous pourris, donc ?

La farce fait sourire mais elle ne nous offre rien à se mettre sous la dent. Seuls quelques éléments de scénographie élèvent le discours politique porté par la pièce comme ce plateau qui prend l'eau et dans lequel les personnages finissent par se noyer. Et c'est tant mieux pour eux. 

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