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Avignon Off : 'Timeline'

Et si le théâtre était mort ?

© Fouic Théâtre

Quoi ? • 'Timeline' mise en scène de Clotilde Morgiève et Jean-Christophe Dollé
Où ? • Le Girasole, 24 bis rue Guillaume Puy, Avignon
Quand ? • Du 7 au 30 juillet à 22h30

Note : ***
Genre : Théâtre 

On se souvient encore de 'Mangez-le si vous voulez', pièce gloutonne à la mise en scène enlevée et au récit féroce. Un petit bijou scénographique plébiscité par la presse autant que par un public qui à Avignon se pressait par grappes devant la salle. Fière de son succès, la compagnie Fouic revient avec sa nouvelle création 'Timeline'. « Après le triptyque achevé en 2014 par 'Mangez-le si vous voulez', il y a eu une envie d'en finir avec l'horreur. Une envie de retrouver la jubilation du dialogue, la joie naïve du jeu. » 'Timeline' de Jean-Christophe Dollé commence ainsi dans un flou drolatique dans lequel les comédiens renoncent non sans gêne à la représentation. « On n'y arrive plus, voilà... Le théâtre est mort. » La pièce est d'abord très drôle, mise en suspens, s'interrogeant sur elle-même. Une sorte de laboratoire de déconstruction de l'acte théâtral, un espace où plus rien ne va, où tout s'écroule.  Avec cette question omniprésente : que reste-t-il du théâtre si plus rien de son art ne subsiste, ni le langage ni l'émotion ?

D'abord complètement déboussolés, les comédiens finissent par s'en prendre au public. Des spectateurs obnubilés par leur « truc », qui n'est autre – et on le comprendra très vite – que le téléphone portable. Source lumineuse dans le noir,  lien incompressible au réel,  ils parasitent notre manière de communiquer et de nous exprimer. C'est donc naturellement par le langage que tout s'effrite. S'ensuit alors une série de tentatives de déconstruction systématique où l'on supprime le texte, où on annihile l'émotion, où l'on court-circuite le temps.

Des chapitres introduits par un choeur-cabaret de deux comédiennes filmé et projeté sur un pan du décor. Une image fantasmagorique qui ponctue la pièce et s'ajoute à de trop nombreux effets vidéo. Car si le décor  un plancher incliné duquel les comédiens font surgir des trappes  est particulièrement réussi, offrant à l'histoire un plateau mobile, le travail vidéo, quant à lui, étouffe l'élan des comédiens et par voie de conséquence la fluidité de l'histoire. Si la scénographie était un atout majeur de 'Mangez-le si vous voulez', ici elle noie les comédiens dans une mécanique complexe parfois déstabilisante.

Alors que l'histoire raconte la mise à nue de la représentation, la mise en scène de Clotilde Morgiève et Jean-Christophe Dollé, elle, gonfle la pièce d'artifices et de scénettes grotesques qui, rassurez-vous, restent pour la plupart très drôles.

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