Bigre

Théâtre
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Bigre (©Pascal Pérennec)
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Sous un toit qui menace de s'envoler au moindre coup de vent – et ils sont nombreux, dans le petit monde de Pierre Guillois –, trois individus pleins de mimiques et d'étranges manies tentent de mener la vie la plus normale possible. Mais le sort s'acharne contre eux. Pas une main tendue qui ne se transforme en catastrophe, elle-même source d'un autre accident. Dans 'Bigre',  dérapages et autres infortunes clownesques se succèdent sans trêve ni véritable progression dramatique. Et c'est bon. D'autant plus que derrière les facéties, le tragique affleure. Mieux encore que dans son « opérette barge » à succès, 'Le Gros, la Vache et le Mainate' (2012), Pierre Guillois utilise dans sa nouvelle pièce le burlesque pour représenter la solitude contemporaine. Façon maison de poupée géante, dans une esthétique proche du cinéma muet.

En pauvres hères condamnés à décliner à l'infini leur maladresse, Olivier Martin-Salvan, Agathe L'Huillier et Pierre Guillois lui-même mettent tout leur talent dans la caricature. Gros bébé parricide et tyrannique dans 'Le Gros, la Vache et le Mainate', Olivier Martin-Salvan est ici un geek maniaque, qui aspire la semelle de ses chaussures à chaque fois qu'il entre dans son minuscule studio aseptisé. Le personnage de Pierre Guillois est à peu près le contraire de son voisin. Aussi maigre que l'autre est enveloppé. Bordélique et plus porté sur les lapins que sur les jeux vidéo. La seule femme du trio, enfin, est une midinette trop grande et dont la coquetterie contraste avec l'appartement miteux qu'elle occupe. Mais une midinette envers et contre tout. Le principe comique de 'Bigre' est simple. A peine séparés par des cloisons douteuses, ces trois énergumènes forment une micro-société improbable, dont les échanges reposent sur une dynamique de l'opposition parfaitement rodée.

Tantôt solitaires, tantôt collectives, les pitreries involontaires des anti-héros de ce « mélo burlesque », sous-titre choisi par Pierre Guillois, nécessitent une grande précision. Autant sur le plan de la performance physique, que dans le dosage de l'exagération et de la répétition. Comme bien des spectacles sans paroles – hormis une délicieuse 'Valse à mille temps' de Brel en japonais et quelques autres chansons de karaoké en chambre interprétées par Olivier Martin-Salvan, les trois comédiens n'ouvrent la bouche que pour proférer d'étranges petits cris –, 'Bigre' est à la croisée des disciplines. Les catastrophes en cascade rappelleront aux amateurs de cirque 'L'Immédiat' de Camille Boitel, où six jongleurs et acrobates utilisaient un plateau-dépotoir comme un terrain de catastrophes à la chaîne.

Conçue par l'atelier Jipanco et l'équipe technique du Quartz, scène nationale de Brest où l'équipe a été accueillie en résidence, la scénographie de 'Bigre' est une boîte de Pandore pleine de mécanismes invisibles. Dans leurs studios pas plus grands qu'une boîte à chaussures, les comédiens inscrivent chacun de leurs gestes dans la mécanique complexe de chutes, projections d'eau et autres cataclysmes domestiques qui rythment la pièce. Et au fil de ces calamités, les tics et la tristesse des trois protagonistes se précisent. Se rencontrent, aussi. Au cours d'une soirée disco chez la coquette Agathe L'Huillier, par exemple. Ou à l'occasion d'une séance de médecine qui aurait dû être douce et de coiffure, toujours chez la seule femme de l'étage. Forcément, un triangle amoureux naît de toutes ces rencontres. Pour se défaire aussitôt car l'amour dans 'Bigre' ne tient guère mieux que les murs. 

Par Anaïs Heluin

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Téléphone de l'événement 01.44.95.98.00
Site Web de l'événement http://www.theatredurondpoint.fr
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