Finir en beauté

Théâtre
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Finir en beauté
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'Finir en beauté' est l'histoire de disparitions. Celle de la mère de Mohamed El Khatib d'abord, le 20 février 2012 au terme d'une longue maladie. Le metteur en scène et fondateur du collectif Zirlib travaillait alors à l'écriture d'un spectacle sur son passage de sa langue maternelle, l'arabe, à la langue théâtrale. La mort a tout changé. Impossible d'évoquer la mère sans passer par elle. Mohamed El Khatib n'a pas pour autant renoncé à son désir d'archéologie linguistique et relationnelle. Pour dire le deuil, il a entrepris de construire un récit autour des documents témoins des derniers moments de sa relation à sa mère.

Des enregistrements de ses conversations avec un médecin, des photos, quelques vidéos, des mails de condoléances, un acte de décès... Autant de traces d'un vide expérimenté par tous que 'Finir en beauté' met sous le nez d'une poignée de spectateurs – le deuil s'accommode mal des foules – sans pathos et même avec humour. Un humour sobre bien sûr, aussi minimaliste que le jeu et la scénographie de Mohamed El Khatib. Car toutes les composantes de la pièce sont placées sous le signe de l'effacement.

Avant 'Finir en beauté', Mohamed El Khatib avait déjà exploré le deuil. D'abord à travers une galerie de portraits dans 'A l'abri de rien' (2010), sa première création, et l'année suivante dans 'Mourir sur Facebook' (2011) où il posait la question du rapport entre deuil réel et deuil virtuel. Dans ces deux pièces la perte était mise en scène de manière assez classique, avec un habillage sonore et visuel emprunté à des codes de représentation bien identifiés et un jeu proche du naturalisme. En plus de sa dimension autobiographique, la nouveauté de 'Finir en beauté' dans le parcours de Mohamed El Khatib réside donc dans le dépouillement. Dans la disparition non du théâtre, mais des artifices les plus visibles de la théâtralité.

Le renoncement au jeu fait pencher la pièce du côté du théâtre invisible. Sans formation de comédien, Mohamed vient lui-même conter l'éclipse de la figure maternelle. Avec le sérieux de l'archéologue exposant à ses collègues les résultats de sa découverte, il déroule son récit dans une langue simple et précise. Mais le réel ne se laisse pas épuiser comme ça. Entre les mots, les feuilles et les rares images utilisées par Mohamed El Khatib au cours de ce qu'il nomme sa « performance documentaire », il reste bien des espaces libres. Parfois, Mohamed y case des bribes de fiction que lui seul sait distinguer du reste. Et presque toujours, il laisse ouverts ces interstices pour qui voudrait s'y perdre en beauté.

Afin de prolonger sa réflexion sur le deuil et son jeu sur les frontières entre théâtre et réel, le metteur en scène a créé avec l'association Labomedia et le tandem Douai-Arras et l'Université d'Artois « une application web pour gérer vos dernières volontés » du même nom que sa pièce. 

Par Anaïs Heluin

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