Histoire de la violence

Théâtre, Drame
3 sur 5 étoiles
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Arno Declair
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Arno Declair

Time Out dit

3 sur 5 étoiles

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Quand Thomas Ostermeier adapte le roman “Histoire de la violence” d’Edouard Louis

Pour qui ? Votre pote de socio qui a fait allemand LV1
Voir quoi ? Une mise en scène – très – littérale du roman d’Edouard Louis

Le plateau est neutre et froid, à l’image des salles d’attente aseptisées des hôpitaux et commissariats dans lesquelles Edouard, après avoir été la victime d’un viol et d’une tentative de meurtre, va devoir se présenter pour raconter son histoire. L’« histoire de la violence », celle du drame qui s’est joué, une nuit de Noël, dans son petit appartement parisien ; mais aussi celle d’une violence plus sourde et plus diffuse, celle du racisme et de l’homophobie ambiants, qui détruit et avilit aussi durablement. Quand on s’installe dans la salle, Édouard est déjà là, sur scène, incarné par un Laurenz Laufenberg qui ressemble étrangement à l’auteur, assis sur une chaise en plastique grise et dure ; comme nous, il attend que le drame se joue. L’image est belle : elle raconte la solitude et la perte de sens face aux procédures judiciaires et médicales qui incombent aux victimes, purgatoire aussi incontournable qu’intolérable.

Côté cour, un musicien vient s’installer devant une batterie et un clavier et entame les premières notes de la bande-son composée par Nils Ostendorf qui accompagnera tout le spectacle, en épousant son rythme et sa tension grandissante. Dans le roman, la narration est sans cesse contaminée par d’autres voix : celle de la sœur de l’auteur, incarnée ici par Alina Stiegler, mais aussi celle de l’Édouard de la nuit du drame. Ce dédoublement est intelligemment représenté au début de la pièce. Alors que Laurenz Laufenberg entame son témoignage en avant-scène, Christoph Gawenda, en Édouard d’un passé glaçant, prend possession du plateau sur lequel son corps nu ne cesse de glisser alors qu’il tente d’effacer à la javel les traces de l’horreur du sol de son studio. Dommage que cette idée ne soit pas plus exploitée.

Si vous avez lu le roman, un sentiment de déjà-vu risque de rapidement s’installer : tout, dans la mise en scène d’Ostermeier, reste – trop – fidèle, voire caricatural. La narration étant très bien menée dans l’œuvre originale, on suit l’intrigue avec avidité, et on se laisse surprendre par les notes d’humour, comme on se laisse prendre par le jeu impeccable des acteurs. Reste qu’on a le sentiment d’assister à une mise en lecture savamment orchestrée plutôt qu’à une véritable proposition théâtrale. Les quelques « effets » venant apporter de la distance, comme ces petits moments dansés qui tombent à plat, ne parviennent pas à faire advenir le théâtre, la scène étant contaminée par la vidéo rarement pertinente et le flux de texte qui ne donne aux acteurs que trop peu d’opportunités de jeu.

Par Alix Leridon

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