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Nos critiques des spectacles

EXHIBIT B  (© Christophe Raynaud de Lage / Festival d'Avignon)
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© Christophe Raynaud de Lage / Festival d'Avignon
EXHIBIT B  (© Christophe Raynaud de Lage / Festival d'Avignon)
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© Christophe Raynaud de Lage / Festival d'Avignon
EXHIBIT B  (© Christophe Raynaud de Lage / Festival d'Avignon)
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© Christophe Raynaud de Lage / Festival d'Avignon
EXHIBIT B  (© Christophe Raynaud de Lage / Festival d'Avignon)
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© Christophe Raynaud de Lage / Festival d'Avignon

Notre avis : A voir absolument.

Nous sommes en 2004 à Istanbul, le chorégraphe Christian Rizzo assiste à un spectacle. Sur scène, un groupe d'hommes surgit sur un plateau et exécute une danse folklorique avec puissance et frénésie avant de disparaître aussi promptement qu'il était apparu. Une tornade qui resta dans sa mémoire jusqu'aux prémices de ce spectacle en 2013. 'D'après une histoire vraie' est ainsi né du souvenir de cette danse effrénée, du tourbillon ou du vide laissé après lui - sur ce point Rizzo hésite. Sur scène, le chorégraphe a invité huit danseurs, un groupe à la fois solide et modulable dans une chorégraphie qui mêle à la fois le folklore et la modernité, la répétition et le contre-point. Ensemble, en duo ou en trio, ils font l'expérience du groupe, s'essaiment puis se retrouvent, tapent du pied, se tiennent par l'épaule, se regardent, se jaugent, se libèrent et s'apprivoisent. Derrière cet essaim bleu-gris, deux batteries cadencent le pas de leur rythme furieux. Proche d'un état de transe, le spectateur est happé par l'intensité du groupe. L'heure et quart file en un coup de pied.

Notre avis : pour les curieux.

Autant plasticien qu'homme de théâtre, Guy Cassiers est également, dit-on, un passionné de littérature. Des lectures qui l'ont ainsi mené jusqu'au chef-d'œuvre fantastique de Virginia Woolf, 'Orlando'. L'histoire extraordinaire d'un jeune lord anglais nommé Orlando qui traverse les siècles (de la fin du XVIe au milieu du XXe) en changeant de sexe au milieu de son aventure. Proche de la reine Elisabeth Ier, ambassadeur en Orient, nomade et enfin poétesse : Orlando vit les tumultes de plusieurs vies. Toutes racontées par un biographe, joué sur scène par la talentueuse Katelijne Damen. Un monologue au destin incroyable (un personnage qui change de sexe, avouons que ce n'est pas commun) qui pourrait sembler interminable s'il n'était pas interprété avec fougue par la comédienne flamande. Seule sur scène dans son costume immaculé, au milieu d'un plateau minimaliste, Katelijne rend justice à la fois aux multiples rythmes de la fable et à la poésie de la langue. Un jeu tantôt incarné, tantôt distancé créé par petites touches. Une interprétation en mouvance à l'instar du décor façonné par Guy Cassiers. A l'aide d'un large écran en fond de scène, d'un damier d'images projetées au sol et de vidéoprojecteurs surplombant l'actrice, le metteur en scène ressuscite les vies d'Orlando. Une scénographie qui s'enrichit au fur et à mesure que l'histoire se déroule, au gré des paysages et des pays par lesquels passe le personnage. Sensible et terriblement exigeant, le spectacle de Guy Cassiers offre aux amoureux de littérature un sublime moment de théâtre. 

Notre avis : pour les curieux.

Comment parler de 'Drums and Digging' en étant juste ? Comment l'évoquer ? Comment même la recevoir en tant que spectateur ? L'œuvre chorégraphique de Faustin Linyekula peut paraître à bien des égards pleine de sens et riche de symboles, elle n'en est pas moins d'une obscurité déstabilisante, surtout lorsqu'on la cueille sans sous-texte.

Installés à jardin au début du spectacle, une marionnette de couleur blanche tient compagnie à Faustin Linyekula et ses six compagnons, tous vêtus de noir. Des acteurs, des danseurs, et des chanteurs qui bientôt se mettront en ronde au son du tambour. Des paroles s'envolent, mais resteront non traduites par le rectangle blanc narquois. D'autres au contraire résonneront au rythme des percussions, « rêves traqués, rêves matraqués, rêves qui tremblent ». Le pas des danseurs est lourd, répétitif, assommant. Le propos hésitant. On regarde sa montre, dans les moments de courage, on cherche à déchiffrer les mouvements cycliques des acteurs. Du spectacle qui se déroule sur scène, peu d'émotion passe. Le plateau, pourtant si proche, nous semble à des kilomètres. On sait que le chorégraphe congolais a dessiné son spectacle à la lueur de deux voyages, un premier à Gbadolite sur les ruines du palace de Mobutu. Le second, à Obilo, village dans lequel il a grandi et qu'il n'a retrouvé que bien plus tard. « Qu'est-il arrivé à nos rêves ? Comment continuer ? » se questionne-t-il. 'Drums and Digging' est ainsi devenu le fruit de doutes, un spectacle du questionnement. On comprend alors les hésitations qui la parsèment, les longueurs qui la paralysent. Au terme d'une heure et demie, de rondes, de rap et de BTP, une seule réponse nous semble donnée, et elle se trouve au cœur de cette structure en bois, montée lentement sur scène. Un squelette de théâtre, érigé par tous.

Notre avis : sans plus.

Stanislas Nordey est un homme ambitieux. Peut-être même trop. Amoureux de littérature, défenseur d'un théâtre centré sur le texte, le comédien et metteur en scène porte aux nues l'acteur-roi à travers une scénographie épurée. En témoigne sa mise en scène de 'Par les villages' de Peter Handke, long poème dramatique en ouverture du 67e Festival d'Avignon. Sur scène, de grandes baraques en tôle bleue façonnent un paysage majestueux qui s'étale sur tout le long du plateau. Devant ce décor de chantier imaginé par Emmanuel Clolus, Gregor (Laurent Sauvage) évoque la lettre de son frère Hans (Stanislas Nordey) à son amie Nova, Jeanne Balibar en jean et chemise à imprimé bleu, sublime mais inaudible dès le quatrième rang. Dans un long monologue, il lui raconte son histoire de famille aux liens rompus, les différences sociales qui façonnent leur vision du monde, la volonté du frère de renoncer à la terre de leurs parents morts. « La parenté n'était plus qu'une voix lointaine dans la neige » lance-t-il, désespérément statique dans le silence.

Des mots sublimes mais vidé de toute vie. Immobile sur scène, Laurent Sauvage campe un Gregor rigide, quasiment inerte. La longue tirade d'ouverture se transforme alors en un supplice interminable, comme les trois heures quarante qui suivent. Monologues étirés, décor sous-exploité, mise en scène inexistante : malgré tout le minimalisme convoqué, dévoré par l'ennui, on peine à entendre le si beau texte de Peter Handke. « Nous ne sommes pas sur le mauvais chemin. Nous ne sommes sur aucun chemin. » Exactement. Il restera pourtant de 'Par les villages' quelques fugaces instants d'une grâce dont Stanislas Nordey détient seul le secret, mais dont il se montre ici trop avare.

Notre avis : à voir absolument !

C'est l'histoire d'une exposition pas tout à fait comme les autres, dans un lieu encore moins ordinaire. Nous sommes à Avignon, le festival de théâtre bat son plein. A l'intérieur de l'église des Célestins on imagine que la fraîcheur consolera nos pores. Depuis le sas de sécurité, une jeune femme nous presse au silence ; nous explique comment les choses vont se dérouler, nous invite à choisir un chiffre par lequel nous allons être appelé. Depuis le sas, on entend le chant cristallin d'un chœur, celui de Windhoek, selon le prospectus. L''Ave Maria' nous embaume. Une fois à l'intérieur de l'église, il nous berce et nous convie à admirer des tableaux... vivants. Sur un piédestal rotatif, une femme à la peau brune nous regarde droit dans les yeux. Devant des têtes de cervidés empaillés, un couple d'Africains nous fixe. Autant dire que le malaise est grand lorsque le spectateur, d'habitude à l'aise dans sa position de voyeur, est lui aussi regardé. Sachez-le tout de suite, cette exposition n'a rien d'une petite balade joyeuse au milieu de beaux tableaux. Bien que plastiquement très réussies, les œuvres de Brett Bailey nous confrontent violemment au passé colonial et esclavagiste de l'Europe (Hollande, Portugal, France). On y lit les tortures, les exactions, les retours meurtriers à la frontière, le destin tragique des réfugiés. Apposées sur des pupitres, ou glissées dans un coin du tableau, des phrases nous plongent tête baissée dans l'horreur banalisée, on y apprend que « Les noirs ont été nourris » ou qu'il faut « Civiliser les indigènes ».

Ni photographie en papier glacé, ni vidéo différée, mais des yeux pleins de ces tragédies, des regards qui soutiennent les nôtres.

'Exhibit B' (pour pièce à conviction) ne se « contente » pas de ressusciter les démons d'autrefois, il expose le procédé de deshumanisation qui a mené, en toute conscience, aux tortures et aux pillages. Pire, il nous invite à retrouver cette même déshumanisation dans le racisme contemporain. Celui qui tua Mariam Getu Hagos dans l'enceinte du bel aéroport de Roissy en 2003.

« Les chambres sombres de notre imaginaire collectif sont hantées par de fausses représentations silencieuses et des configurations tordues de l'altérité. Elles masquent les atrocités commises par le colonialisme dans les robes chatoyantes de la civilisation. Elles contribuent aux stéréotypes avilissants et aux systèmes deshumanisants tels que l'Apartheid, système dans lequel j'ai grandi » raconte Bailey.

Dans la pénombre de l'église des Célestins, l'œuvre du Sud-Africain gifle, littéralement.

• A l'église des Célestins jusqu'au 23 juillet.

Notre avis : à voir absolument !

Le benjamin du festival aura réussi son coup d'éclat : faire parler de lui, de la salle de spectacle de Vedène jusque dans le brouhaha ensoleillé de la place des Corps-Saints. Le « Houellebecq » a plu, « quasi » unanimement. D'abord parce que contrairement à beaucoup de spectacles joués cette année, In et Off compris, on ne s'y ennuie pas (un luxe !) ; aussi parce qu'il met astucieusement en scène le texte poético-trash de l'écrivain, entre moments de grâce et trou béant de désespoir. Des 'Particules élémentaires' finement interprétées par dix comédiens - parfois musiciens - omniprésents autour d'un plateau éclaté en plusieurs espaces : un rectangle central, des salles d'attente, un studio télé, un bureau...

En mêlant musique électrique et vidéo en direct, le jeune Julien Gosselin (tout juste 26 ans et déjà trois mises en scène à son actif) parvient à élaborer une adaptation sexuellement transmissible, terriblement moderne et totalement fluide du roman. Le chemin parallèle des deux demi-frères, le kéké libidineux Bruno (excellent Alexandre Lecroc) et le studieux Michel, s'imbrique dans une rythmique à la mécanique savamment rôdée. On y croise le mouvement hippie, le spectre de Charles Manson, le yoga, les recherches génétiques, les plans à trois, à quatre, à cinq... De 1956 jusqu'aux lumineuses années 2070, sans aucun accroc dans la narration. Un très beau moment de théâtre même s'il manque incontestablement dans cette lecture l'incorrection de la plume de Houellebecq.

Notre avis : à voir absolument !

Que l'on reste assis pendant deux heures quarante ou que l'on se lève avant la fin : une chose est sûre, le travail acharné d'Angélica Liddell ne laisse pas indifférent. Il gratte, il fait sourire, il énerve, il provoque. Il fait tout cela en même temps. Il faut dire que l'Espagnole ne ménage pas ses spectateurs. Après seulement quelques minutes, Angélica apparaît culotte pailletée vissée sur les fesses dans un décor peuplé de crocodiles volants, d'un sapin nu et d'un dôme de terre noire. A moitié enfoncée dans l'ébène, elle va se masturber pendant quelques longues minutes, déchirant le silence médusé de la salle par de longs et viscéraux râles de plaisir. Les amateurs de théâtre contemporain ne silleront pas, Rodrigo Garcia a fait pire dans le genre. Mais ce qui différencie Liddell de ses compères, c'est le désespoir avec lequel elle fouille ses spectacles. 'Todo el ciel sobre la tierra' ressemble ainsi à un long hurlement écorché, percé ici et là de moments de grâce ultime. Une série de valses menée par un vieux couple de Chinois, les vers de Wordsworth répétés en boucle, et la guitare inoubliable de "The House of the Rising Sun". Des instants de paix inestimables dans le fracas chaotique. Entre constat d'échec (« Les relations ne survivent pas à la condition humaine ») et questionnement désespéré (« Comment je peux être heureuse si la joie dépend toujours d'un combat ? »), la performeuse livre un texte au cynisme noir.

Pendant ce superbe et (trop) long monologue, Angélica va cracher sa haine des mères, son inaptitude à vivre en société, son extrême solitude... Un cri d'une violence extrême, une spirale dans laquelle elle emmène étrangement les jeunes morts de l'île d'Utoya (en Norvège, abattus un à un en juillet 2011 par Anders Breivik). Avec cette force pleine de rage, Angélica Liddell livre un spectacle à la beauté crue, irritant, intense et à bien des égards inestimable.

Notre avis : pour les curieux.

Sur scène : rien d'autre qu'une toile incurvée déployée sur toute la longueur du plateau. Un mur opalescent sur lequel les paroles poétiques d'Emil Abossolo-Mbo défilent tel un ruisseau sauvage. Derrière lui,  la voix altière de la soprano Valentina Coladonato, le violoncelle d'Umberto Clerici et la guitare électrique de Charles Amblard jouent le 'Kaddish' de Maurice Ravel. Une partition sublime qui enveloppe le danseur et magnifie son chemin dansé. Version très personnelle de la célèbre prière juive ('Qaddish' avec le Q de « Qudus »), le spectacle de Qudus Onikeku est né d'un périple dans la ville nigériane d'Abeokuta, dont son père est originaire. De ce retour aux sources, le danseur a tiré une chorégraphie à l'intimité fragile, des sauts puissants, des corps à corps avec le sol, des face à face avec une chaise roulante, un dialogue subtil et pictural avec la musique... Une lutte charpentée avec la verticalité, un combat effréné duquel il se relève toujours pour « ne jamais courber l'échine », rappelle Emil Abossolo-Mbo. Mais parce que « danser, c'est tomber. Trébucher, c'est danser » le corps nerveux de Qudus ne cesse de se relever, sûrement pour ne jamais cesser de danser.

Notre avis : à voir absolument !

C'est pour l'instant notre plus belle après-midi avignonnaise. Une promenade guidée en groupe de cinquante festivaliers dans les rues pavées de la Cité des papes, de la rue de la Carreterie à la place de l'Horloge. C'est coiffé d'un casque dans le cimetière Saint-Véran que 'Remote Avignon' débute. Une pièce dont vous êtes le héros, du théâtre interactif comme il en existe trop peu dans nos contrées. Mis en scène par Stefan Kaegi, le principe est simple : on se laisse guider par une machine, une voix artificielle élaborée à partir de 2 000 voix féminines. Un langage composé syllabe par syllabe et programmé pour que l'on trouve son chemin ensemble (en groupe de cinquante, donc) à travers la ville d'Avignon. Lire la suite

Rarement scénographie n'aura été aussi bien intégrée au milieu qui l'accueille. A tel point qu'il semblerait impossible d'extraire 'Shéda', pourtant créé à Amsterdam, de sa carrière de Boulbon, scène majestueuse bercée par le bruit des cigales.

Au milieu de ce décor de métal et de lattes de bois, le cadavre d'un crocodile et des instruments de musique se font face pour créer ensemble un espace de jeu hétérogène pour les acteurs. Et c'est ainsi qu'ils entrent en scène, se cachant les uns aux autres, se jetant un ballon ou se suspendant au sol. Dans cet espace aux airs de bidonville, peuplé de carcasses industrielles et de pneus abandonnés, ils forment une sorte de meute désarticulée. Depuis leurs cris et leurs halètements, on entend la langue dure de Dieudonné Niangouna, un verbe ciselé qui n'a pas peur des mots sales, et des phrases dures. « Vous pensez que le pardon est innocent ? » entend-on dans le brouhaha des corps et le tintement des instruments. A la limite de la transe, les comédiens vont faire corps avec la terre sur laquelle ils marchent, se mêlant à la poussière, s'enduisant de boue. Un langage tellurique percé ici et là de longues tirades éblouissantes (dont la très belle histoire du gardien de la Ville morte) récitées dans un seul souffle. Puis alors que les scènes délirantes s'amoncèlent, nous laissant de plus en plus perplexes, on aperçoit au loin les flashs aveuglants d'un orage menaçant. Quelques minutes plus tard, scène et gradins seront recouverts de pluie, obligeant les spectateurs à partir plus ou moins discrètement par grappes. Mais au diable les gouttelettes, vaillants dans leur décor minéral assaillit par l'eau, les comédiens poursuivent leur texte, offrant au valeureux public un spectacle quasi apocalyptique, en tout cas jusqu'à l'entracte. Les grondements du ciel ont eu raison de notre patience : les sandales mouillées, découragée par deux heures supplémentaires sous les trombes d'eau (le spectacle dure près de cinq heures) nous avons laissé 'Shéda' à sa vallée.

Notre avis : pour les curieux.

« La Chine est la destruction de la Chine » lâche Angélica Liddell au milieu de son spectacle 'Ping Pang Qiu'. Une ode douce-amère sur le pays de Mao. Une déclaration d'amour désespérée. Installés autour d'une table de ping-pong, la metteur en scène et sa troupe de comédiens (Fabian, Lola et Sindo) vont multiplier les saynètes, mêler des tirades politiques à des pas de danse, évoquer les conditions de création du spectacle, lire des passages du 'Livre d'un homme seul' de Gao Xingjian... Une narration éclatée née d'un long séjour en Chine. « L'expérience vécue avant et pendant les répétitions m'a conduite à parler de l'extermination du monde de l'expression. » Face à la réalité, le point de vue d'Angelica se transforme et son spectacle avec. Les quelques mots d'amour sont ainsi lacérés par les images de la place Tian'anmen, par la douce mais puissante chorégraphie de « l'homme au tank », par la peur d'une musicienne à venir se produire sur scène avec eux, par une explication des règles strictes auxquelles les joueurs de ping-pong doivent obéir. Totalitarisme, anéantissement de l'individu, châtiments et humiliations corporelles : la prise de conscience ne laisse plus de place à cet amour, ou seulement une place ténue.

Adepte d'un théâtre performatif, Angélica Liddell opère un subtil collage de scènes à la limite de la cacophonie. Car il faut l'avouer, avant de prendre du plaisir à voir le théâtre composite de l'Espagnole, on est d'abord perdu par la multiplication confuse de symboles et par une suspecte vacuité de gestes : une orgie de nouilles, une partie de ping-pong fantôme, le récit d'Orphée et Eurydice, la crémation du mythe - le tout bien mélangé. Mais à mesure que le spectacle se déplie, les morceaux se recollent et des fils invisibles apparaissent. Comme elle, comme eux, sujet au paradoxe de l'amour, on oscille entre tendresse et tristesse, entre désarroi et impuissance. Le résultat est un spectacle bigarré et déroutant, magnifié par moments de purs instants de grâce.

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