La Pluie

Théâtre
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La Pluie
© DGuyomar

Avec ses marionnettes à taille d'enfant, Alexandre Haslé s'empare de 'La Pluie' de Daniel Keene.

Comme tous les personnages de Daniel Keene, Hanna a l'héroïsme invisible. La générosité tombée dans l'oubli. Mémoire vivante d'une époque où des gens partaient en train pour ne jamais revenir, elle s'apprête à tirer sa révérence. Mais avant, elle se livre à un petit rituel : en une sorte de danse, elle dit adieu à tous les objets que de nombreux passagers lui ont remis et qu'ils n'ont jamais pu venir reprendre. Il y a quinze ans, lorsque le marionnettiste Alexandre Haslé montait ce texte au Théâtre de la Commune à Aubervilliers, le dramaturge australien était presque inconnu en France. En récréant aujourd'hui ce spectacle, il prouve la force de ses mots. Leur résonnance actuelle

Sur les pas d'Ilka

Alexandre Haslé n'aurait pas repris cette belle et triste fable sans une bonne raison. Tout en pudeur et en implicite, la courte pièce de Daniel Keene permet en effet à l'artiste d'évoquer la tragédie méditerranéenne en cours. Si un fond de musique klezmer rythme régulièrement les gestes du marionnettiste, sa 'Pluie'est dédiée à tous les voyages sans retour. Grâce à une technique apprise aux côtés de la grande marionnettiste allemande Ilka Schönbein, qu'il a accompagnée dans 'Métamorphoses' et dans 'Le Roi Grenouille', Alexandre Haslé donne vie à des pantins à taille d'enfant sans jamais disparaître tout à fait derrière eux. Ce qui lui permet d'ancrer son récit dans l'ici et maintenant à la manière d'un conteur. Et de créer tout un monde à partir de presque rien. Dans une semi-obscurité, sur un plateau presque nu à l'exception d'une petite paire de chaussures et de quelques étoffes noires posées en tapon ici et là, il fait surgir des présences précaires. Des pauvres hères en papier mâché et matériaux récupérés qui font penser aux créatures des contes d'Ilka Schönbein, avec un soupçon de réalisme en plus. 

Défilé de disparus

C'est bien sûr Hanna qui ouvre la danse des voyageurs du passé. Petite bonne femme voûtée à la tête ronde et fripée, elle ressemble étrangement aux autres. Ceux dont elle se rappelle avant de quitter le monde et d'abandonner leurs objets à la poussière et à l'effritement. Dernière danse avant l'oubli, cette 'Pluie' tendre et déchirante est une succession d'apparitions toutes simples. Un bonhomme à la face lunaire fait danser un petit cadavre entre les rideaux d'un théâtre miniature. Un vieillard sautillant triture une boite à puces savantes, et un homme joufflu s'interroge sur le destin de la pomme qu'il sort de sa poche. Ils ont beau ne renaître qu'un instant, ces drôles de disparus laissent dans les esprits un souvenir durable. De même que le seul à ne jamais apparaître : l'enfant qui donna un jour à Hanna une bouteille remplie d'eau de pluie. Alexandre Haslé va au-delà du devoir de mémoire. Il fait l'éloge de la main tendue. 

Téléphone de l'événement 01.45.44.57.34
Site Web de l'événement http://www.lucernaire.fr
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