Les Damnés

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Ivo van Hove signe une œuvre impitoyable sur l'apogée du nazisme. A voir absolument.

Lorsque la lumière s’éteint après deux heures dix de spectacle, le public est glacé. Pourtant, dans l’immense cour du Palais des Papes où la pièce est créée, l’air est encore chaud, rafraîchi par quelques brises douces. Petit à petit, alors que chacun recouvre à peine ses sens, les comédiens s’avancent sur scène pour accueillir une salve enthousiaste d’applaudissements. Essai transformé, sans aucun doute.

Cette traversée dans l’horreur orchestrée par Ivo van Hove signe le retour de la Comédie-Française à Avignon après treize ans d’absence. Et quel retour !

Pour l’occasion, le metteur en scène belge a bousculé les codes et fait entrer au répertoire de la maison une œuvre a priori singulière puisqu’elle est avant tout un scénario signé Visconti. C’est donc avec quelques gouttes de cinéma dans l’ADN que les ‘Les Damnés’ d’Ivo van Hove envahissent le plateau. Interprétée par Elsa Lepoivre, Loïc Corbery, Denis Podalydès, Guillaume Gallienne ou encore Adeline d’Hermy, ‘Les Damnés’ met en scène la descente aux enfers des von Essenbeck, une famille d’aristocrates dont les usines d’acier attirent la convoitise des SS en pleine montée du nazisme. Des rapprochements empoisonnés et des complots souterrains ne tardent pas à pointer le bout de leur nez, éclaboussant au passage les différentes générations et alliances de la famille.

La tragédie s'invite en enfer 

Et pour raconter cette tragédie aux accents shakespeariens, Ivo van Hove a imaginé un dispositif dramaturgique exigeant pour les sens (vibrations apocalyptiques, musiques, images vidéos et d’archives) et théâtralement parfait (trop peut-être ?). Un tourbillon de sang, de cris et de larmes raconté sur plusieurs plans : celui de la scène (un large plateau circonscrit à cour par des cercueils et à jardin par des loges à ciel ouvert) et celui de l’écran géant installé en fond de scène. Car pendant que les comédiens se trompent, se vengent et s’assassinent sur un plateau orange, des caméramans filment en live la décomposition des êtres en plan serré. Du couteau dans le dos jusqu’à l’intérieur du cercueil. Ils suivent le destin funeste des von Essenbeck avec la cruauté qu’ils s’infligent à eux-mêmes.

Théâtre de la cruauté 

Avec une forme de lyrisme fielleux, Ivo van Hove raconte les mécanismes de la haine et du pouvoir (nous sommes en 1933, mais rien est démodé) jusqu’à cette scène de fin bouleversante (pour ne pas dire incommodante) et dont le souvenir ne nous quittera certainement plus vraiment. 

Par Elsa Pereira

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