Les Frères Karamazov

Théâtre, Drame
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Une épopée passionnante dont seul Castorf a le secret.

Il est 17h00 lorsque l’on arrive à La Courneuve. Depuis le RER, le chemin vers les friches Babcock est tout tracé. On a beau savoir que l’endroit est immense, lorsqu’on lève la tête l’endroit semble extraordinaire. Et d’autant plus étonnant qu’il accueille sous des poutres de fer et sa poussière de métal, du théâtre. Et pas n’importe lequel, celui de Frank Castorf. Un théâtre euphorique, entier, presque tellurique.

Le bientôt ex-directeur de laVolksbühne de Berlin, Frank Castorf, n’a peur de rien théâtralement. Et il le montre sans complexes dans cette adaptation épique des ‘Frères Karamazov’. Deux parties de trois heures pour un spectacle qui dépasse les six heures.   

Du théâtre filmé, du cinéma théâtralisé ?

Sur une scène aussi démesurée que le lieu qui l’accueille, 156 m de long sur 57 m de large, Castorf raconte l’assassinat du détestable Fiodor Pavlovitch Karamazov (l’excellent Hendrik Arnst) mais pas seulement. Pendant ces longues heures (malgré le talent de Castorf, le temps est une épreuve), le metteur en scène allemand balaye le siècle de Dostoïevski à Poutine. Une vision ultra-contemporaine servie par onze acteurs inépuisables et épatants tantôt sur scène, tantôt filmé dans les décors. Planté au milieu du plateau tel un totem, un écran géant retransmet les plans tournés en temps réel. Des images inaccessibles pour le spectateur (de nombreux espaces sont cachés derrière des barrières en bois), d’autant qu’elles sont souvent couplées de plans serrés. Très vite, l’image, omniprésente, prend le pas sur le théâtre. Elle permet même de suivre les personnages à l’extérieur de la friche. A la reprise après l’entracte, on retrouve ainsi Ivan sur une plateforme surplombant La Courneuve au coucher du soleil pour son récit du Grand inquisiteur. Un monologue ébouriffant (Alexeï n’étant pas sur la nacelle) joué avec complexité (difficile de faire autrement) presque en un seul souffle par Alexander Scheer.  

De l’eau, du sang, de la sueur.

Et c’est peut-être là qu’est le sel de la pièce de Castorf. Cette manière de sublimer les acteurs, de les tendre au maximum pour que même filmés et projetés sur un écran, ils brillent de mille feux. Sur scène, les comédiens suent et crachent leur personnage. Ils sont vidés par l’énergie de leur personnage et disparaissent totalement derrière leur masque. Ils crèvent littéralement l’écran. Il faudrait d’ailleurs les citer tous, mais on s’attardera sur Jeanne Balibar, impétueuse dans chacun de ses trois rôles et Daniel Zillmann qui incarne Alexeï avec justesse.

L’épopée de Castorf finit par s’éteindre après six heures, pourtant on se sent vidé pendant encore quelques heures après les derniers applaudissements.  

Par Elsa Pereira

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