On a interviewé Pierre-Emmanuel Barré, le has been le plus hype de France
© Marie Rouge pour Time Out Paris | Pierre-Emmanuel Barré. Shooting réalisé à Ground Control, merci à eux pour l’accueil.
© Marie Rouge pour Time Out Paris

On a interviewé Pierre-Emmanuel Barré, le has been le plus hype de France

Avant les dernières dates (du 29 au 31 octobre au Bataclan) de Come-Back, on a interviewé l'humoriste pour parler des has been de l’humour, de son chouchou Macron et de la dissonance cognitive avec son statut de comédien au sommet de la hype.

Rémi Morvan
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Pierre-Emmanuel Barré a beau s’autoproclamer « sale con » sur son compte X, ça ne l’empêche pas d’être l’un des humoristes politiques les plus révérés du circuit, particulièrement par ce que ses contempteurs appellent l’extrême-ultra-giga-méga-gauche. Tous les dimanches soir, il démonte dans La Dernière, sur Radio Nova, les violences, les discriminations et les iniquités de l’époque, avec une pertinence, une force et un sacré sens de la formule, offrant une seconde jeunesse à des objets du quotidien oubliés, telle cette cuve à pisse désormais célèbre. 

Hyperactif, il vient également de sortir le deuxième tome de sa BD sur la ville imaginaire de Saint-Roustan, tout en enquillant des spectacles plus blindés qu’une tournée de Bad Bunny. Avant les trois dernières dates (du 29 au 31 octobre au Bataclan) de Come-Back, dans lequel il se téléporte dans un futur où il est devenu un has been qui fait tout pour revenir dans la lumière, on l’a interviewé pour parler des has been de l’humour, de son chouchou Macron, bientôt has been, et de la dissonance cognitive avec son statut de comédien au sommet de la hype. Car après ça, Pierre-Emmanuel Barré enchaînera début 2027 sur un spectacle commun avec Aymeric Lompret Une Heure trente, pour lequel ils ont vendu 50 000 places en 24 heures. Le sale con se porte bien, merci pour lui.

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© Marie Rouge pour Time Out ParisPierre-Emmanuel Barré. Shooting réalisé à Ground Control, merci à eux pour l’accueil.

Les dernières d’un spectacle, bientôt un autre avec Aymeric Lompret, un festival, des chroniques hebdomadaires et une deuxième BD : mais où trouvez-vous toute cette énergie ?

C’est grâce à une morning routine implacable. Tous les matins, je me lève à 11h, je bois un thé en lisant la presse, puis j’enchaîne sur un solide déjeuner. Je vais me promener quelques heures pour digérer et chercher l’inspiration, puis je dîne et je me couche. Pendant ce temps, ma femme s’occupe des enfants et une équipe de 17 auteurs travaille à ma place.

Votre spectacle imagine un Pierre-Emmanuel Barré devenu has been. Mais si vous deviez donner un exemple du has been français ultime, ce serait qui ?

Wah, y en a plein, et c’est relatif « has been ». On est toujours le has been de quelqu’un. Mes has been à moi, ce sont tous les humoristes qui sont devenus des vieux réacs de droite, Laurent Gerra, Jean-Marie Bigard, Sophia Aram… Si je devais donner un seul conseil aux gens qui veulent devenir humoristes, ce serait : quand vous écrivez un truc, demandez-vous toujours si Élie Semoun l’écrirait. Si la réponse est oui, ne l’écrivez pas.

Dans quelle mesure ce personnage de has been décrit-il une peur chez vous ?

Je n’ai pas peur de devenir has been, je le suis déjà pour plein de gens, et de toute façon, c’est inéluctable, il n’y a aucun humoriste qui plaît à quatre générations… Sauf peut-être dans le Nord. Mais c’est parce que les générations n’ont que dix ans d’écart. On vieillit avec son public ! Par contre, je ne veux pas devenir un vieux réac… Alors je le sais, j’aurais de moins en moins de public au fur et à mesure qu’ils deviendront vieux et réacs.

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Avez-vous déjà eu la sensation d’être has been ?

Bien sûr, j’ai des enfants. Je suis obligé de m’adapter en permanence. L’année dernière, je faisais des bruits de prout, ils trouvaient ça super cool, puis ils ont cessé de trouver ça drôle. Il y a six mois, je me mettais des slips sur la tête et ils se tapaient sur les cuisses, mais juste après, ils m’ont dit « Arrête, c’est nul ». Aujourd’hui, je dois raconter des histoires avec du pipi pour les faire rigoler mais je sais très bien que ce sera ringard dans trois jours. 

Quelle personnalité aujourd’hui has been mérite selon vous une seconde chance ? 

Guillaume Meurice. Parce qu’il est gentil.

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Il y a un an, un ami m’a dit que son père était allé voir Laurent Gerra en spectacle à Paris. Quels sont les signes du come-back de trop ?

Je pense que si, avant de monter sur scène, tu lis Franc-Tireur et que, en rentrant au Novotel, tu embarques la bouteille de Petrus que t’as demandée en loge pour la placer dans ta cave personnelle, c’est un bon indice. Si, en plus de ça, tu tiens une chronique sur RMC et qu’il t’arrive de dîner avec Raphaël Enthoven, là, y a plus de doute.

À partir de combien de temps sans plainte d’un ministre peut-on considérer un humoriste comme has been ?

Non, ça ne compte pas, les plaintes. C’est hyper fastoche d’avoir une plainte, il suffit de dire la vérité.

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© Marie Rouge pour Time Out ParisPierre-Emmanuel Barré. Shooting réalisé à Ground Control, merci à eux pour l’accueil.

Dans quelques mois, Emmanuel Macron et ses suiveurs vont s’en aller. Comment envisagez-vous la perte de votre sujet favori ? Avez-vous des personnalités inspirantes en vue pour les remplacer ?

Mais non ?! Ils vont partir ? Mais c’est super triste, ils étaient tellement compétents !! C’est pas grave, vous savez, ma passion, c’est de me plaindre, alors je trouverais toujours une solution pour le faire, quel que soit le gagnant.

En 2022, on vous avait demandé de décrire le climat politique de l’époque et vous aviez répondu « prout ». Et pour celui d’aujourd’hui ?

Je vais garder la même onomatopée, elle est parfaite pour décrire une année électorale. Ça pue, mais on sait pas encore quelle grosse merde va sortir derrière.

Vous allez faire votre retour dans un spectacle avec Aymeric Lompret. Que peut-on en attendre ?

De la finesse ! De la finesse ! De la finesse ! Plus sérieusement, ce sera pas sérieux. On a envie de rigoler, nous. On en a marre de bouffer de l’actualité déprimante toutes les semaines et d’en parler tous les dimanches, alors on veut se marrer comme des cons, et je crois que ça va être assez réussi.

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